SES ARMES
D’après Beaulieu (Chalcographie du Louvre)
Ce fut seulement le 7 octobre 1 6 A 3 , cinq mois après la mort de son époux, que la reine Anne d’Autriche arriva de Saint- Germain pour s’installer avec ses enfants dans le palais de Richelieu, que dès lors on prit l’habitude dans le public d’appeler le P niais -Roy al, bien qu’au-dessus de la porte d’entrée continuassent a figurer en lettres d’or l’inscription Palais - Cardinal et les insignes et armoiries qu’y avait fait mettre, sur une plaque de marbre, le propriétaire défunt. Cette inscription, au moment où elle était apparue, avait fait couler l’encre des grammairiens, notamment de
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Balzac, qui chicana sur la justesse du titre. Ce puriste ne voulait admettre que Palais du Cardinal et glosait sur ce point. « On dit bien la place Maubert, » répliqua-t-on. L’inscription resta. Peu «le temps après avoir pris possession de sa nouvelle demeure, la reine la fit enlever, ne se souciant pas de vivre sous une pareille égide. La duchesse «l’Aiguillon supplia Anne d’Autriche de la rétablir: «Il est peu séant,» lui dit-elle, «de faire injure aux morts parce qu’ils ne peuvent la repousser : en honorant la mémoire du cardinal de Richelieu, vous immortaliserez votre nom'.» Anne d’Autriche accéda de bonne grâce à cette prière, et dans les documents officiels, dans les actes notariés que nous allons avoir à compulser, le nom du cardinal restera accolé à celui du palais assez longtemps. Puis, comme l’épithète de cardinal semblait prêter à la médisance à cause «le Mazarin, et «|ue le peuple disait qu’on l’avait donné à celui-ci3, l’inscription fut effacée, et l’usage adopté déjà par tous de l’appeler le Palais- Royal prévalut définitivement.
La reine entra-t-elle de gaîté de coeur dans cette maison qu’avait habitée si longtemps le terrible ministre qui l’avait tenue sous son joug? N’allait-elle pas y retrouver son ombre? Richelieu absent, son fantôme ne reviendrait-il pas troubler ses nuits? Au premier moment, en parcourant «l’un pas hâtif les sombres galeries, les interminables appartements de ce palais vide enfin de son ennemi, peut-être éprouva- 1- elle comme un soulagement. Elle était donc bien reine, puiscpi’il n’était plus là ! Puis, par un caprice de femme, elle bouleversa tout, changea la distribution des pièces, mit le jeune roi dans l’ancienne chambre de Richelieu, à l’aile gauche, et fit aménager pour elle, à l’aile droite, de spacieùx appartements cju’elle se mit en devoir de rendre aussi magnifiques que possible.
Anne d’Autriche avait, à cette époque, passé la quarantaine ; mais elle avait toujours une grande fraîcheur : « Ce n’étoit que lis et roses, » a dit quelqu’un «pii pourtant ne l’aimait pas. « Née blonde, elle brunissait un peu de cheveux, était un peu plus Espagnole, mais comme elle était grasse, son incomparable blancheur n’avait fait qu’augmenter. Flore devenait Cérès, dans l’ampleur et la plénitude, le royal éclat de l’été. » Tempérament indolent, malgré des colères subites, qui, surtout quand elle sortait de table, l’étouffaient ou s’échappaient en explosions violentes; nature voluptueuse et molle, avec des entêtements incroyables, elle ne tarda pas à s’alourdir : « C’est une grosse Suissesse, » disait Retz, cjui n’ignorait pas combien elle aimait faire bonne chère. On sait l’empire cjue prit sur elle Mazarin. Quand Louis XIII le lui présenta, il lui avait dit, assure-t-on : «Vous l’aimerez, car il ressemble
1. Comte de Bonneau-Avenant, La Duchesse d’ Aiguillon, et Sauval, Antiquités de Paris.