ANNE D AUTRICHE ET MAZARIN
Ou n’en finirait pas de mentionner les innombrables ordonnances de payement qu’avait à signer Antoine Coquet, contrôleur général de la maison d’Anne d’Autriche. A titre d’indication, ces exemples suffisent pour donner un aperçu de ce qu’était ce personnel quelques mois avant la mort de Louis XIII. Une fois régente et ins-
tallée au Palais -Royal, ce fut bien autre chose ; le nombre des serviteurs fut plus considérable assurément, et on peut remarquer ce que représentait un pareil entretien à une époque où l’argent cependant était rare et où Mazarin laissait l’enfant-roi manquer dans sa chambre des objets de première nécessité.
Pour les transformations et les décorations nouvelles apportées par la reine à son appartement particulier, il faut encore consulter
Sauvai, car c’est à lui surtout qu’a été emprunté le peu qui a été dit à ce sujet par la plupart des auteurs. Il en a parlé avec une vive admiration, et il est à croire que de son temps on en faisait le plus grand cas, car il multiplie les épithètes de «commode)), de «superbe», de «galant», pour le dépeindre, ajoutant que «dans toute l’Europe» il ne se pouvait rien voir «de si accompli, ni de si majestueux ». L’appartement, que déjà Richelieu avait pourtant décoré avec beaucoup de luxe, occupait un angle du corps central du bâtiment et s’étendait le long- de l’aile droite, derrière le théâtre, jusqu’à la balustrade du jardin. Anne d’Autriche lui donna tout le développement possible, et le divisa en une infinité de chambres, de galeries et de cabinets disposés avec un luxe digne de son rang- et de son rôle de régente. C’est là qu’était la chambre du Conseil, où se passeront les épisodes les plus fameux de la Fronde; là sa chambre, qu’elle meubla de gris1, car ce fut la couleur qu’elle adopta pour i. Le cardinal de Retz parle souvent, dans ses Mémoires , de la « petite chambre grise » de la reine.
ANNE D AUTRICHE ET LOUIS XIV (Médaille de J. Warin)
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porter le deuil du roi ; là encore une belle galerie remplie de tableaux, son Oratoire et la salle des Bains. Ces diverses salles furent ornées de peintures, dues pour la plupart à Simon Youet. Dans la salle du Conseil, située en un endroit très retiré, près du jardin, et où le bruit du dehors ne pouvait parvenir, le peintre exécuta un plafond d’une extrême richesse, tout rutilant d’or. Trois lustres de cristal pendaient de ce plafond. L’ébéniste Macé fut chargé du parquet, dont il fit un chef-d’œuvre de marqueterie. La salle des Bains fut revêtue par Vouet d’une série de panneaux d’ornements, d’enfants jouant au milieu des feuillages, comme on les aimait à l’époque; la gravure nous en a conservé le dessin, et nous reproduisons ici quelques-unes des planches de Michel Dorigny, qui parurent en 1G57, sous ce titre : Livre de diverses Grotesques peintes dans le cabinet des Bains de la Repue revente au Palais-Royal, par Simon Vouet, peintre du roy (i4 compositions). Tout n'y est pas cependant de la main de Vouet, car celui-ci prit des collaborateurs pour les ornements : les fleurs sont de Louis, et les paysages de Belin l 2. Mais ce fut principalement l’Oratoire que la régente se complut à orner et pour la décoration duquel elle fit appel au talent de plusieurs artistes à la fois, en leur demandant de représenter la Vie et les attributs de la Vierge. Les peintres Philippe de Champaigne, Simon Vouet, Bourdon, Stella, La Hire, Corneille, Dorigni et Poerson furent chargés des diverses compositions, et s’en tirèrent avec le suffrage de tous, car, dans leur travail, dit Sauvai, « il se voit tant d’émulation qu’il est difficile de juger laquelle de ces histoires est la plus achevée; car enfin si ce ne sont pas leurs chefs-d’œuvre, aussi ne sont-ce pas leur coup d'essai.» Néanmoins, les connaisseurs accordaient leur préférence au tableau de Bourdon, la Fuite de la Vierge en Egypte 2 . L'Oratoire étant éclairé par une seule fenêtre, on craignit de le rendre trop obscur par un vitrail de couleurs, et on 11’y employa que des carreaux de verre blanc ou de cristal, enchâssés dans de l’araent découpé en losanges, triangles, rosaces, et on usa à ce travail plus de vingt marcs de métal, dirent plus tard, non sans complaisance, les auteurs des Guides du voyageur à Paris, tels que Piganiol, Germain Brice ou Thierry, en 11e faisant que répéter Sauvai. De son grand cabinet Anne d’Autriche fit un véritable musée de peinture, dans lequel on admirait les Pèlerins d' Emmaiis
1. Elève de J. Fouquières, peintre flamand, Belin faisait des ornements et des paysages. Il travailla aux Tuileries, sous la direction de S. Bourdon. Quant à Louis, on ne sali rien sur cet arliste.
2. En 1793, la Convention fit saisir au Palais-Royal et transporter au Muséum dix figures sur bois de Sebastien Bourdon, la Présentation au temple, qui provenaient peut-être de l’oratoire d’Anne d’Autriche. D’autre part, dans la liste des tableaux vendus en 1787 par le duc d’Orléans en Angleterre, on trouve un tableau de Bourdon, la Présentation ail Temple , ainsi que ceux de La llire, la Visitation de la Vierge , et de Sarrazin, la Vierge au lit de la mort, qui avaient été peints pour l’Oratoire d’Anne d’Autriche au Palais-Royal.