ANNE D AUTRICHE ET MAZARIN
de Paul Véronèse, une Fuite eu Egypte du Guide, la Famille de la Vierge d’Andrea del Sarte, un Léonard de Vinci, deux Poussin, Enée sauvant Anchise, d’Annibal Carrache, un Saint Jean monté sur un aigle, attribué à Raphaël, etc. La plupart de ces tableaux furent transportés plus tard k Fontainebleau par la reine, dans l’appartement qu’elle se fit aménager dans ce château, et elle les remplaça par des copies au Palais- Royal
Tous ces travaux furent conduits par Le Mercier, l’architecte du palais, dont la reine 11e se sépara pas, quoiqu’il lui vint de Richelieu. Elle lui demanda aussi de transformer la galerie de droite donnant sur la rue Saint- Honoré, qui avait été la Galerie des Objets d'art du cardinal, pour en faire un appartement k son plus jeune fils le duc d’Anjou. Mais de ce côté la besogne, si elle fut commencée, resta toujours inachevée. Enfin, pour ajouter au charme de son appartement k elle et pouvoir goûter mieux encore la fraîcheur du jardin, elle fit disposer en balcon les arcades k jour qui reliaient par derrière les deux ailes du palais jusqu’au bâtiment en retour qu’elle occupait, et ce balcon fut orné d’une gracieuse balustrade que le serrurier Etienne de Ne ver s 2 exécuta en perfection : elle était composée de pilastres de six pieds en six pieds, garnis chacun de grandes fleurs de lys, entre lesquels étaient des panneaux formés d’enroulements de feuillages rehaussés d’or; une frise encadrait chaque panneau de fleurs de lys découpées k jour, petites et dorées. O11 eût dit une dentelle en point de Gênes. L’effet était des plus heureux. Sur la façade, le palais pouvait garder son inscription de Palais -Cardinal ; par derrière, grâce k ces fleurs de lys, il avait un cachet vraiment royal.
Ce n’est pas tout. Pour que la demeure — dont le défaut capital, d’être trop basse et écrasée, apparaissait de plus en plus — prit un aspect acceptable et digne de l’habitation d’un roi, il aurait fallu de toute nécessité la dégager des masures en ruines qui l’enserraient. A droite et k gauche, on ne pouvait guère y songer. A l’angle de la rue Richelieu, il y avait les trois bâtisses dont se composait l’ancienne Maison de l'Ours; du côté de la rue des Bons-Enfants, de minables constructions aux toitures rongées, appuyées contre le théâtre. Mais tout cela était k des particuliers qui y tenaient. Il fallut un siècle pour en venir k bout. Un peu plus loin, k l’angle même de la rue des Bons-Enfants, il restait quelques méchants bâtiments entre cour et jardin, adossés k la ruelle de la Court Orris, dont la famille d’Estrées était encore propriétaire: on les acheta (acte du 19 décembre 1 043) pour la somme de
1. Sauval, Les Antiquités de Paris. — La copie des Pèlerins d'Emmaiis, de Paul Véronèse, fui l’aile par Le Maire.
2. Etienne Doyat, autrement appelé maître Étienne de Ne ver s, avait le titre de serrurier ordinaire des Bâtiments du roi.
LE PA LAIS - ROYAL
90,000 livres. Il y avait par là un assez vaste jardin de plus de cinquante toises, appartenant à la dame Voilant de Francière, dont la proximité avec les appartements de la reine était gênante : on en fit aussi l’acquisition (11 avril i644) moyennant i4,5q3 livres1. Du moins, en face de la porte d’entrée, il y avait possibilité de déblaiement. Le cardinal de Richelieu y avait songé. C’était pour cela qu’il avait acheté en 1 64 1 l’hotel Sillery, dont la démolition n’était pas achevée quand il mourut, lequel hôtel «j’ai acquis», disait-il dans son Testament, « pour au lieu d’icelui faire une place au-devant du Palais-Cardinal.» Anne d’Autriche s’empressa de le faire mettre à bas, et de la sorte, elle obtint un espace vide d’une centaine de mètres de large (exactement cinquante -trois toises), qui mit un peu d’air, améliora l’aspect de cette entrée. Il est vrai qu’elle laissa construire un peu plus loin, en recul, un corps de garde qui, par des adjonctions successives, autorisées ou non, finirent par constituer un fort vilain amoncellement de baraques qui ne disparurent que soixante ans plus tard. Ce fut ce corps de garde qui, pendant la Fronde, protégea utilement le palais.
Restait la question de l’hôtel Richelieu proprement dit, c'est-à-dire de cet hôtel (nous en avons parlé dans notre premier chapitre, page 27) où le cardinal avait résolu d’établir sa bibliothèque, et dont, par son Testament, il avait chargé expressément son héritier de terminer l’édification. Il restait inachevé, faisant comme une échancrure sur l'aile droite du Palais-Royal et avançant sur la rue Richelieu (à l’endroit où s'ouvre aujourd'hui la rue Montpensier) la seule de ses galeries qui fut construite, encombrée de matériaux, entourée de charpentes branlantes, et voisine du passage donnant accès, de ce côté, sur le jardin.
Mais, avant d’aller plus loin, il est nécessaire de fournir ici quelques explications sur un des problèmes de la succession de Richelieu qui est très peu connu et se lie étroitement à l’histoire du palais dont j’ai entrepris de retracer les phases.
Immédiatement après la mort de l'illustre cardinal, la duchesse d’Aiguillon déclarée tutrice de l’héritier principal des biens et du nom de Richelieu, se vil assaillir par d’inextricables procès. Ce ne furent pas seulement les membres mêmes de sa famille, tels que les Coudé, qui, se jugeant lésés dans leurs droits par le Testament, les lui intentèrent. Ce furent principalement les créanciers du défunt. Richelieu, en effet, qui avait pu se croire très au-dessus de ses affaires et avait largement distribué autour de lui des legs, laissa en réalité un passif de 2,560.754 livres, si l’on y comprend ses dettes hypothécaires et chirographaires (1,469, 443 livres), les divers legs en nature
1. Archives nationales, RL 282. Acquisitions primitives parle roi.