Loret, Muse historique, t. I", p. 9- 13, janvier i65o
4. D’après cette pièce, on peut supposer que le fort, gravé par Silvestre en i65o, 11e servit que quelques mois plus tard aux jeux du roi.
tiNE éducation Iioyaië
nous donne les noms des jeunes gens et des enfants qui composaient cetlc compagnie d’honneur du petit roi :
Je voy déjà marcher en teste Un résolu petit «Monsieur»,
C’est le plus petit de la Feste,
Mais c’est bien le plus grand de cœur,
C’est le petit Monsieur d’Anjou,
Qui me doit un petit bijou;
S’il est tel en faits qu’en paroles,
Je seray le Roy du Pérou.
C’est le Pérou que dix pisloles A des gens qui n’ont pas le sou.
Puis vient la description du cortège, conduit par M. de Villcroy en personne :
Pour le gouverneur de la place,
C’est Monsieur de Villcroy,
Noble seigneur de noble race,
Très digne gouverneur du roy.
Chacun des jeunes preux a un costume caractéristique, et le narrateur leur donne des qualités qui lui fournissent ses rimes :
Yoicy belle trouppe de princes,
Monseigneur de Guise et d’Elbeuf...
Vous ne pouvez dedans la ville Trouver un plus brave sergent Que Monseigneur le duc d’Anville Qui vaud un muid de bel argent,
Ny (pie le comte de Nogent,
Trois fois plus docte qu’un régent.
Arrivent alors les gens d’armes vêtus en Amours : le petit Saint-Aignan, le jeune Esplandiau, et d’autres dont le rimeur estropie parfois les noms. Il en est un qui manque pourtant : c’est celui de Brienne Fds, qui d’habitude avait sa part dans ces exercices :
Le généreux duc de Candale,
Lambert, Comminge et Richelieu,
Signerau, Foucaut et La Salle,
En sont aussy, grâces à Dieu ;
Langlé, Du Plessis et Chaumont,
Magiron, Lognac et d’Obeterre,
Yillarceau, Monloil et D’Orval :
Ce sont gens qui vont à la guerre Comme Apollon alloit au bal.
Enfin, on voit en queue les seigneurs plus ou moins compatriotes du ministre en cour :
Avec le prince de Tarente,
J’y vois Montigni, Mancini,
Magalati et plus de trente Dont les noms finissent en i.
Lejeune Louis XIV, avant de faire son apprentissage de la guerre, avec les petits seigneurs de son entourage, avait eu, comme tous les enfants, des miniatures de soldats en métal : ces jouets étaient magnifiques. Loménie de Brienne, qui commençait alors son métier de courtisan, dévalisait pour son petit maître les magasins du fameux Roberdet, orfèvre alors si réputé que ces mots ((façon Roberdet» se rencontrent durant un demi-siècle dans nombre (Y Inventaires '. Anne d’Autriche donna ainsi à son fils un petit canon en or et des soldats que le célèbre Merlin fondit et cisela sur les modèles du sculpteur Jules Chassel2.
C’est avec ce genre de fêtes et d’exercices que Mazarin se borna à instruire le roi. Parfois aussi il le conduisait lui -même à la chasse, où l’enfant faisait déjà merveille. Les gazettes du temps sont remplies de ses prouesses, et son courage, son adresse étaient excités par la présence du cardinal. La chasse à courre du cerf, du daim et du sanglier, à Fontainebleau, était accompagnée de la chasse à tir, où Louis XIV ne se montrait pas moins adroit :
Dimanche, le roy bien monté Revint en la grande cité Avec la romaine Éminence.
Louis, lequel tire à merveille,
Envoya du plomb aux oreilles De cent cinquante-six lapins;
D'un fusil au bout de ses mains,
Il abasourdit trente lièvres3...
On organisait même des chasses en miniature jusque dans le jardin du Palais-Royal, ainsi qu’en témoigne le récit fait pour celle qui eut lieu le jour de la Saint Hubert, le 4 novembre iG4[), et qui a été publié sous ce tit re : Les particularités de la chasse royale, faite par Sa Majesté le jour de Saint Hubert et de Saint Eustache, patrons des chasseurs, accompagnés de plusieurs seigneurs de marque de la Cour. Ce jour- là on courut le lièvre, puis un cerf fut lancé, et même un sanglier forcé. Pour finir, il y eut un combat entre un taureau et des chiens. Le champ clos de cette lutte fut