Michelet, Histoire de France, t. XII, p- 3o
4. Consulter, par exemple, les Comptes île dépenses des Batiments iln roi pour les années 1 643, i644 et i645. Archives nationales, 0IX 2087. Voyez aussi l’État des dépenses d’Anne d’Autriche pour le Val-de-Grâce. Bibliothèque nationale. Manuscrits, FF. 1 o 4 1 4 .
T. I. LE PALAIS-UOVAL.
LË P A LAlS-tlOYAL
s’accroître — laissait la famille royale. Les témoignages abondent. Je n’en citerai que deux, mais particulièrement dignes de foi :
L’avarice du cardinal, dit M"'c de Motteville, élail telle que la reine n’avait pas d’argent; toute la dépense de sa maison se faisait par ordre de Colbert, créature du cardinal, qui épargnait sur toute chose1.
Dans un des curieux agendas où Mazarin écrivait au jour le jour ses impressions et ses pensées les plus intimes, dans le langage semi-italien, semifrançais qui lui était spécial, on lit, à la date de i65o, les lignes suivantes :
La Reyne pout dire en discour à S. A. R. [le duc d’Orléans, oncle de Louis XIY] qu’elle n’a pas trop songé à ses affaires, veu que 8 ans de regenze sont en pire eslat que n’estoyent devant. Elle n’a pas aumenté d’un sol de revenue; elle doit 200,000 escus plus que ne devoyt; elle n’a fayt affaire extraordinaire pour un sol; sa maysou, depuis 3 ans, n’a pas eu le tiers de ce qu’on est accoustumé lui donner; tous ses serviteurs se playgnent avec rayson de rnorir de faym, ce que n’a pas empêché, dans le mesme temps, qu elle n’aye volu fayre des gratificazions, et en dons d’argent comptant, en revenus et par d’autres moyens, à S. A. R., et ordonner (pie sa mayson aumenta de 36o,ooo livres fort pontuellement payé 2.
En i646, l’existence domestique au Palais-Royal était réellement fort précaire, et la table était si mal servie que l’écho de cette misère en allait jusqu’au dehors. Loret, dans un volume de trois ans antérieur à sa Muse historique, nous donne la Requeste des seigneurs, dames et demoiselles du petit coucher de la reine à monseigneur le cardinal; on y voit qu’on manquait de vin, qu’on n’avait pas de serviette, et que les vivres étaient si peu abondants que les convives se précipitaient en affamés pour en avoir leur part :
Nous du petit coucher, tant masles que femelles,
Escuyers, chevaliers, dames et demoiselles,
N’avons le plus souvent, alors qu’il faut souper,
Ni chaise pour s’asseoir, ni cousteau pour couper.
Illec nostre mouchoir nous sert de serviette;
L’un n’a point de cueiller, ni l’autre de fourchette.
Alors qu’on nous présente un chapon, un poulet,
L’un le prend par les pieds, l’autre par le colet,
Chascun dessus son corps exerce tirannie,
Le tout sans préférence et sans cérémonie ;
Et l’on diroit de nous, en cette extrémité,
Que nous n’avons jamais leu la civilité...
La Reyne a rehaussé d’un pain nostre ordinaire...
Si nous avons du pain, nous n’avons pas de vin...
Ce bien considéré, Plaise à son Éminence,
Qui chez nostre maîtresse a la surintendance,