‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 84 sur 301 · LE SEJOUR DE LA REINE HENRIETTE D ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE SEJOUR DE LA REINE HENRIETTE D ANGLETERRE

de l’enfant, Colbert fixa son choix sur un de ses anciens valets de chambre, le nommé Beauchamp et sa femme, «auxquels, dit-il, j’ai déclaré pour secret qu’un de mes frères ayant fait un enfant à une fille de qualité, pour sauver son honneur, j’étois obligé de prendre soin de l’enfant et de leur en confier la nourriture, ce qu'ils ont accepté avec joie. » Ce fut Boucher, l’accoucheur

PARTIE DE L’HÔTEL DE RICHELIEU DÉSIGNÉ SOL S LE NOM DE « PALAIS - BRION » Comme il devait être après son achèvement sur la rue Richelieu * (D’après une gravure de Marot)

de la Cour, qui fit l’opération. Le grave conseiller d’Ormcsson a parlé dans ses Mémoires des précautions tout à fait remarquables prises pour que le médecin ne sut pas où on le conduisait. On vint le chercher dans un carrosse au milieu de la nuit, on lui banda les yeux, et on l’introduisit dans une chambre où, après qu’il eut été démasqué, il vit une douzaine de personnes autour du lit de la jeune femme qu’il avait à délivrer. C’était le 19 décembre. L’enfant était un garçon. Boucher apporta lui-mème l’enfant « à travers le jardin du Palais-Royal, dit Colbert, et le remit par mon ordre entre les mains dudit Beauchamp et sa femme qui m’attendaient au carrefour vis-à-vis l’hôtel Bouillon»1. Le même jour, le nouveau -né était porté à Saint-Leu et baptisé

sous le nom de Charles, « (ils de monsieur de Lincour et de damoisclle

Elisabeth du Beux.»

Le dernier accouchement de Mlle de La Vallièrc s’accomplit dans les mêmes conditions au Palais-Brion le 7 janvier i6G5, à midi.

1. Cet hôtel se trouvait à l’endroit où est aujourd’hui rentrée de la rue de la Banque.

T. I. LE PALAIS-ROYAL

Le soir, à neuf heures, Colbert attendait qu'on lui remit l'enfant, qui arriva aux bras d'un valet de chambre, passa de là entre ceux de Colbert et porté à un sieur Bernard, mari d’une demoiselle Du Coudray, ancien serviteur du ministre. Le lendemain, l'enfant, qui était encore un garçon, était porté sur les fonts baptismaux, en l’église Saint Eustache, et l’acte de baptême était dressé en ces termes :

« Du 8 janvier 1 ( 3 6 5 , jeudi, fut baptisé Philippe, lils de François Derssy le bourgeois et de Marie Bernard sa femme, demeurant rue Montorgueil. Le parrain Claude Tessier, pauvre; la marraine Marguerite Biet, fille de Louis Biet, bourgeois.

» Signé: L. Biet.»

Les deux premiers enfants qu’ait eus Louis XIV, Philippe et Charles, son aîné, ne vécurent pas plus d’un an1. Le second mourut presque subitement de la frayeur qu’il ressentit d’un coup de tonnerre, dit Mademoiselle, dans ses Mémoires, laquelle ajoute malicieusement que «celle peur ne convenoit pas au lils d’un roi».

Tandis que ces événements se passaient au Palais-Brion, dans le bâtiment aménagé par le duc de Damville pour son logement (ancienne « Capitainerie» du Palais-Royal ou pavillon construit par lui, peu importe), la galerie élevée du temps de Richelieu recevait une destination plus conforme au caractère de son fondateur. C’est là qu’au mois de septembre 1 60 1 fut transférée l’Academie des Beaux-Arts, fondée depuis le 3o janvier iG jS, avec les tableaux, plâtres, etc., qui servaient de modèles pour l’enseignement des professeurs2. Félibien y eut un appartement, et le brevet qui le nomma « garde-magasin des Antiques» indique que les plâtres venaient d’être transférés «dans l’une des galleries du Palais-Royal que possédait le sieur Vivot3, dernier possesseur d’icelle... » Au milieu de la cour du Palais-Brion, on plaça une statue équestre en bronze de l’empereur Marc-Aurèle; elle y resta jusqu’au io août 1692L A celte date l’Académie fut installée au vieux Louvre, où elle resta jusqu’à la fin du xviiT siècle5. C’est dans cette cour qu’eut lieu, en ifiyà, une des premières expositions publiques de tableaux qui aient été faites en France. On y vit notamment le Triomphe d' Alexandre, la Bataille d’Arbelle, de Gb. Lebrun; les Pèlerins d’Emmaüs, de Pli. de Champaigne; Dédale et Icare, de Boulogne;

1. Tous ces détails sont empruntés à l’excellente étude publiée par le D' Cabanes dans son curieux Cabinet secret de l'Histoire (a° série, 1897, in- 18).

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