‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 83 sur 301 · P A V 1 D E T A II 1 G A I L · texte numérisé non relu

P A V 1 D E T A II 1 G A I L

(Tableau de la Galerie du Palais- Roy il)

quelque chose; mais, ne sachant pas tout, il ajoutait par forme cle compensation1.)) Il parle tout d’abord de l’amourelle du roi pour Marie Mancini, la nièce de Mazarin :

Sa première amourette, dit-il, fut pour Mademoiselle Manchiny, laide, grosse, petite, l’air d’une cabareltière, mais de l'esprit comme un ange, qui la i soi I qu’en l’entendant on oublioil qu’elle étoil laide et l'on s’y plaisoil volontiers. Comme elle aymoit le Roy, il passoit souvent de bonnes heures, cl souvent M",e de Yencl les surprenoil comme ils s’apprestoient à gousler de grands plaisirs, mais il faut dire

i. Comte de L aborde, Le Palais- Mazavin, note 102, p. 326.

la vérité, que leurs joyes n'ont esté qu'imparfaites. Le Roy l'auroit espouséc sans les oppositions du Cardinal, qui esloit persécuté fie la Reyne, qui luy fit promettre un jour qu'il souhaitta d'elle des marques de son amour, qu'il empescheroit la chose : « Ce que je vous demande, luy disoit-elle, n'est pas une si grande preuve de vostre passion que vous pensez : car êfin si le Roy espouse vostre niepee, seuremêt il la repudira et vous exclura et je vous jure que cette chose m'inquiestera d avantage que le mariage. » Notre prince pleura, cria, se jeta à ses pieds et l'appela son papa; mais enfin il « esloit destiné que les deux amants se sépareroient. Le Roy faillit à mourir de chagrin de cette séparation. »

Puis le récit continue par l’intrigue du roi avec Mllc de La Vallière, montre le jeune monarque en coquetterie avec sa cousine, Madame, qui s’amusait à jouer avec lui le jeu dangereux de l’amour, et s’aperçut que Louis XIV ne venait auprès d’elle, où il ne restait que quelques instants, que pour avoir l’occasion de rencontrer dans l’antichambre sa demoiselle d’honneur. Son dépit et sa colère éclatèrent. Elle mit avec hauteur son cousin dans l’obligation de choisir. Ce fut vite fait. Le roi, très amoureux de La Vallière, fit quitter à celle-ci le service de Madame et l’installa à deux pas de sa rivale, tout près du Louvre aussi, c’est-à-dire au Palais-Brion, « qu’il alla lui-même voir meubler des plus riches meubles qui soient en France. » Il y vint souvent, fit dresser un billard au rez-de-chaussée, car déjà il pratiquait ce jeu. C’est là que La Vallière mit au monde deux enfants, en iGG3 et en iG65, qui ne vécurent pas et précédèrent les deux autres qu’elle eut du roi et qui furent légitimés (Mllc de Blois et le comte de Vermandois). Le récit de ces accouchements clandestins nous a été laissé par le grand Colbert lui-même, qui fut en cette circonstance le confident de Louis XIV et qui, «pour se raffermir au pouvoir, où il s’étonnait sans doute encore lui -même d’être arrivé», accepta avec empressement «de servir, de favoriser ses amours»1. Le grand ministre a d’ailleurs consigné de sa propre main ces événements dans un manuscrit intitulé : Journal fait par chaque semaine de ce qui s’est passé qui peut servir à l’histoire du roi, du 11 avril 1603 au 7 janvier 1665 3. Louis XIV, en guerre avec le duc de Lorraine, avait dû partir précipitamment pour Marsal le a5 août iGG3, laissant sa maîtresse dans l’état de grossesse qui ne laissait pas de l’inquiéter. Mme Colbert, quelque peu compatriote de La Vallière, et qui était « experte en nourriture d’enfants » 3 en ayant élevé pas moins de sept pour son propre compte, se chargea de fournir les conseils de son expérience. On chercha une fille «pour servir de femme de chambre en qui on pût se confier», et on prit une demoiselle Du Plessis. Pour la garde

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