PREMIÈRE PARTIE
sensible aux plaisirs de l’amour : je ne le suis qu’à ceux de la paternité : vous êtes prise? (à ce que dit votre mère) : je me retire, et ne veux plus vous gêner. Il se retira en effet.
Il eut cependant l’œil sur la conduite de Rosette. La belle avait du tempérament. Un joli jeune homme lui plut, et elle eut quelques faiblesses... Le but de l’homme riche avait été, si elle avait une fille, de tâcher de lui faire un garçon, et alors de l’épouser. Mais l’infidélité l’éloigna pour jamais. Il avait résolu, si c était un fils, de le faire enlever, et de l’élever lui-même. Ce fut une fille, qu’on nomma Rosette, ou Boutonderose : il ne s’en inquiéta plus, et la laissa chez sa mère, en lui constituant, néanmoins, une rente égale à la première. Ce gui l’écarta encore, ce fut de voir Boutonderose petite et délicate. Il perdit de vue la mère et la fille.
Boutonderose avait dix ans, et elle était en pension, avec sa mère, dans une maison de la rue Saint-Martin, près l’Opéra, quand sa gentillesse, frappante dès lors, et sa propension à caresser les hommes, donnèrent à un libertin, premier commis de l'intendant, l’envie de l’enlever. Il se fit aimer de Boutonderose, et un beau jour, dans l’aprèsdînée, qu'elle était restée seule à la maison, avec
une vieille servante, il entra, sans être vu, dans le cabinet où la petite dessinait, lui fit ses propositions, lui découvrit sa naissance, et que sa prétendue marraine était sa mère, la persuada, et l’emmena.
Rosette fut déflorée par ce misérable, avec des peines infinies. Il la garda un an: s’en lassa ensuite, en prenant du goût pour une fille faite, et la remit à une matrulle du Palais-Royal.
Boutonderose est restée dix-huit mois à rapporter gros à cette femme. Mais bientôt elle s’est ennuyée de la servitude, et, conseillée par une cuisinière de la matrulle, elle s’est mise à elle, à quatorze ans et demi, ce ier septembre 1789.
Nous espérons que le père de Rosette, après avoir lu cette histoire, viendra au secours de son infortunée fille!... Sa mère au moins la réclamera.