‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 12 sur 94 · DEUXIÈME FILLE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME FILLE

BOUTONDEROSE

Cette enfant n’a pas 14 ans. Elle a sans doute pris son nom de sa jolie figure, ornée d'une bouche mignonne. Son origine ressemble beaucoup à celle de Filumène.

Deux sœurs, l’une appelée Rosette, l’autre Rosalie, vivaientavec leur mère, veuve qui avait été belle femme. Rosette était une majestueuse fille, d’une belle proportion, d’une grande beauté ; ayant tout parfait, la main, la taille, la jambe, le pied; de beaux cheveux noirs, un air noble, etc.

Rosalie était blonde, plus petite ; elle avait un visage arrondi, un joli sourire, etc.

Un homme riche, qui vit Rosette, eut envie de lui faire un enfant. Il présuma qu’en jetant sa

progéniture dans un si beau moule, il aurait un résultat superbe, auquel il s’attacherait , et qu’il légitimerait, d'après les circonstances. 11 fit connaissance de la mère, femme du commun, que le père des deux belles avait épousée par amourette, et hasarde ses propositions, de cet air philosophique qui persuade, quand il est accompagné d’or. La mère l’écouta, fut convaincue, et lui procura un entretien avec sa fille, la brune.

L’homme riche n’était pas un de ces séducteurs à paroles emmiellées ; il parla sans détour, fermement, et avec des raisons : — Mademoiselle (dit-il à Rosette), vous êtes belle, superbe! je voudrais avoir un enfant de vous, parce qu’il aurait sans doute quelque chose de cette belle forme qui vous distingue. Consentez-y, et je vous fais 2400 livres de rentes aujourd’hui ? Rosette, étourdie de la proposition, et de la manière dont elle était faite, demanda du temps pour se consulter. La maison était gênée ; on accepta le contrat, qui fut passé devant notaire, et, le soir même, le donateur fut admis auprès de Rosette.

L’homme dormit avec elle, jusqu'à ce qu’elle fut enceinte : dès que les premières indices de grossesse parurent, il dit à la belle : — Mademoiselle, je ne suis pas un libertin : je suis même très-peu

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