PREMIÈRE PARTIE
toujours en linon. Elle affecte la marche de Filumène; à peu près comme on voit qu’au Ciel, à la même heure où ces deux belles se montrent, la petite affecte de ressembler à la Grande-Ourse.
III. Mélanie est une grande fille, mise grandement, dont ordinairement la jupe de gaze est bordée d’un large ruban violet. Elle a les cheveux du plus beau noir, mais elle n’est pas jolie. Cependant elle a des amateurs qui vont chez elle admirer la grande nature.
IV. Aglaé. C’est une jolie fille, un peu moins grande que Filumène, et qui lui ressemble ; car souvent on la prend pour celle-ci. Elle est mise avec goût, mais bien moins que son modèle. Pour qu’elle brille, il faut que Filumène ait mené quelqu’un à la maison.
V. Rosemonde. C’est une Allemande charmante, d’un blond cendré très-agréable et dont la marche, ressemblant à celle de la princesse de ***, et d’une belle encore plus relevée, inspire la volupté. Elle est presque toujours en gaze, coiffée en fleurs, ou seulement de ses beaux cheveux, qui sont moins touffus depuis quelques mois. Elle demeure rue du Bouloi.
VI. Bienfaite. C’est une brune, à couleurs fortes, qui peut-être a pris son nom de sa taille parfaite. Elle est très-brune et très-forte.
VII. Fayelle. Grande femme avec une grande bouche, demi-blonde, qui a pris son nom de sa ressemblance avec une actrice de la Comédie ariette.
VIII. Chouchou, petite fille très-jolie, ou plutôt mignonne, d'environ douze ans, que conduit une grosse femme, dont l'air annonce tous les vices.
IX. Cecilia. C’est une blonde faite au tour, ayant la démarche voluptueuse, l’air distingué. Elle est ordinairement en jupe de gaze, avec un corset brun uni, ou tout en blanc. Elle ne va jamais seule, et donne toujours le bras à une sorte de cuisinière ou de femme de chambre. On l'appelle la blonde voluptueuse.
X et XI. Cécile et Rosette. Deux petites filles d'environ 14 a 15 ans, toujours ensemble. Cécile est très-jolie, mais coquine, insolente ; Rosette est brune, un peu pâle, mais douce, complaisante. On va à la maison pour Cécile ; l’on y reste pour Rosette.
XII. Zaïre. Fille svelte, presque toujours mise en rayé brun. Elle est d’une jolie figure arrondie et riante. Nous l’avons connue dans une occasion singulière. Le ier octobre 1789, un garde national la rencontra dans l'allée la plus proche du Club, et lui parla. Après une vingtaine de pas, elle voulut le quitter et prendre l’allée du milieu. L’homme la retint, et lui saisissant assez rudement le bras, il lui dit : Marche-là, devant moi, sur cette ligne. Et elle marcha ; mais en lançant un regard désarmant, si doux, si touchant, qu'il nous fit impression. En effet, cette soirée-là, les filles du Palais-Royal étaient le jouet de la jeunesse indisciplinée, qui les entourait, les troussait et les fouettait. Nous ne sommes ni les soutiens, ni les apôtres du vice, mais nous disons que cette coupable licence, que l’on souffre sans mot dire, accoutume unejeuncsse, composée d’apprentis, à devenir cannibale... Aussi, la pauvre Zaïre tremblait-elle que le jeune garde bourgeoise ne la livrât à ces tigrots. Elle fit tout ce qu’il voulut. Nous observâmes qu’un des ordres, qu’il lui donna, fut d’aller embrasser un abbé; puis, de se trousser au milieu de l’allée. Il fallait voir l’air de Zaïre!... Elle nous fit pitié; nous la délivrâmes, malgré notre infirmité notoire.
XIII. Adélaïde. Grande et charmante fille, ayant l’air aussi décent que son état l'est peu. Elle paraît rarement, et toujours avec une grosse femme, qui, dès qu’on l’a regardée, dit : Nous allons à la maison. Et elle y va. On la nomme Y Athénienne.
XIV. Dorine, ou la Philosophe. C’est une fille de 24 ans, l'air distingué, ordinairement vêtue en mousseline sur un fond rose. Elle marche avec grâce et lenteur ; ce qui lui sied, à cause de sa délicatesse. Elle est très-polie, et sa conversation a des charmes.
XV. Coquine. C’est une petite friponne, souvent en corset rose, bleu-ciel ou aurore, avec la jupe de gaze. Elle est très-jolie, très-effrontée, très-provoquante, et elle a choisi le nom qui la caractérise,
XVI. Elise. Femme taillée par la Volupté, plutôt que par les Grâces. Elle a 25 à 26 ans; sa taille est épaissie, mais admirablement coupée ; sa -marche, son tour de jupe, son port de tête inspirent la volupté. On ne la voit qu’en blanc . en jupe non traînante ; celle à la mode, malgré sa grâce, lui ferait perdre quelque chose.