‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 41 sur 94 · ELISE · texte numérisé non relu

ELISE

Nous revîmes encore Dorine la soirée suivante. Nous l’abordâmes, incertains qu’elle voulût bien recevoir nos six francs, pour se promener en notre compagnie. Car elle paraissait nous fuir. En ce moment, il passa devant nous une belle femme, qui causait avec un garde bourgeoise, tenant un enfant par la main. La pauvre petite créature avait l'air de boiter et d’être très-fatiguée. Comme la belle femme la traînait un peu, elle lui dit. — Veux-tu un gâteau? Mais sans le lui donner. Et la petite fille, accablée de lassitude n’eut pas le courage de le demander.

Cette femme était Elise. Nous abordâmes Dorine, en lui disant : — Vous ne refuserez pas de

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nous faire l’histoire de cette femme singulière ? — Non (nous répondit-elle), moyennant six francs.

» Elise, vous le voyez, est belle encore. Elle a été ravissante. Mais c’est un mauvais cœur, comme le mien et comme celui de Coquine. — Quoi ! vous vous connaissez? — Certainement! Je suis philosophe et je m’apprécie...

Elle est fille d’un marchand chapelier de la rue Saint-Honoré , près les Halles. Belle comme elle était, ayant au moins soixante mille livres en mariage, par la bienfaisance de son aïeule maternelle, ancienne actrice de l'Opéra, elle fut recherchée par des partis bien au-dessus d’elle! Des avocats célèbres, des gens en place, jusqu’à un conseiller au Parlement, la demandèrent en mariage. Elle refusa. Elle avait lu quelque chose de Ninon-Lenclos , de Marion-Delorme , de Mad. Geoffroi, de Mad. De Tencin, et elle voulait commes elles, avoir un culte et des adorateurs.

« Pour y parvenir, Elise, qui avait une sorte d’esprit, voulait épouser un vieillard célèbre, riche, titré, mais sur le bord de sa fosse. Elle rechercha le duc De Richelieu. Mais une dame de naissance, et d’un mérite bien au-dessus de celui d’Elisc, l’emporta.

« Notre héroïne attaqua ensuite M. De Beaujon. Mais le troupeau des berceuses empêcha la

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