‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 6 sur 94 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

admirable. On vous demande votre goût : On vous donne Esther, s’il est noir ; mais on ne vous la laisse pas : Zilia survient. Elle est unique, et jamais elle n'accorde le complément ; de jolies, mais ignobles créatures la substituent.

On donne, pour tout cela, depuis un louis, jusqu’à deux, et l’on a de la volupté pour son argent. Mais après avoir passé par les mains de ces créatures, il n’est plus d’homme qui soit homme avec les femmes honnêtes ; il les fuit, il est blasé ; il est nul pour le mariage et la génération. Un jeune seigneur, pour avoir un héritier, a été dernièrement obligé de conduire sa jeune épouse dans cette maison, sans la lui faire connaître ; elle a succédé à Zéfire, et elle est devenue mère. Je ne sais ; mais il me semble que l’enfant, ainsi conçu, dans le délire de l’imagination d’un père affaibli, sera languissant, imbécile, ou vicieux. Les six belles, Sofie, Angélique, Adèle, Zéfire, Esther et Zilia, se nomment les Houris : on assure qu’elles sont encore vierges, et qu’au moment où elles auront cessé de l’être, la matrulle leur substituera d’autres, quelle fait élever pour ce rôle dans une maison séparée.

XXV, XXVI, XXVII, XXVIII. Dorothée, Jeanne, Agnès, Corisandre. L’art de la débauche est au-

jourd'hui porté à Pairs beaucoup au delà de ce qu'il était chez les Romains, du temps de Pétrone, de Juvenal et de Martial; c’est-à-dire, sous les Néron et les Domitien. Les quatre filles, que nous venons de nommer , expriment, par leurs noms, leurs charmes, et leur caractère, celui des quatre héroïnes de la Pticelle de Voltaire. Pour un louis, elles se succèdent ; pour six francs, on n’en a qu’une, et l’on choisit. L’un veut Jeanne, qui est terrible; l’autre la douce et tendre Dorothée; celui-ci Agnès la timorée; celui-là, la sotte Corisandre.

XXIX, XXX, XXXI XXXII. Une autre Matrulle du Palais-Royal a trouvé un moyen nouveau de gagner de l’argent : elle est riche ; elle a fait en grand son métier, qu’elle a pris par goût : avant detre artiste, elle était amateuse : Eljo cherche partout de jolies fillettes, qui ressemblent aux plus belles femmes de la Cour et de la ville; elles les leur fait voir, par des moyens quelle paie sans doute aux domestiques, les leur fait imiter du plus près possible; les habille comme elles; leur fait affecter le même son de voix, les mêmes nuances, adopter les mêmes mots favoris, les mêmes tournures; et quand elle a réussi, elle découvre les hommes hors de portée, qui sont amoureux de ces

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