DOROTHÉE
Madame Ogret n’est pas la seule matrulle ingénieuse du Palais-Royal. Un soir que nous nous y promenions, en regrettant qu’Elise eût si bien mérité d 'être séquestrée, nous aperçûmes quatre nymphes, qui traversaient rapidement le bout du jardin pour gagner l’escalier de 1‘hôtel Penthièvre. Nous les suivîmes, et notre empressement ayant été remarqué , l’une d’elles ralentit sa marche pour nous attendre. Nous lui fîmes notre proposition ordinaire qu’elle communiqua aux autres ; et l’on consentit à nous la laisser, à condition que nous ne nous promènerions que dans l’allée des Honteuses, la plus voisine du Club, ou sous les arcades du même côté.
Celle que nous avions retenue, s’appelait Corisandre; et ses trois compagnes, Dorothée, Jeanne et Agnes.
» — Vous voulez que je cause avec vous une demi-heure (nous dit-elle) : votre proposition est honnête, et je voudrais que tous les hommes ne m’en fissent que de pareilles.') — C’est votre histoire, ou celle de l’une de vos compagnes, que nous vous demandons (lui répondîmes-nous). — Je ne vous ferai pas la mienne : mais pour celle de Dorothée, la plus belle de mes trois compagnes, je suis prête à vous la conter. . — Parlez (lui dîmes-nous).
» — Dorothée est fille d’un très-vilain homme, appelé je crois Quistrin , et d’une mère charmante, fille d’un homme très-connu. Elle a un frère aîné. Comme son père est un scélérat, sa mère ne put résister à ses mauvais traitements; elle le quitta, et en se séparant, elle lui fit proposer de garder le fils et de lui donner la fille qui était en nourrice. Mais le monstre qui craignit que sa femme ne retirât l’enfant répondit que la petite Dorothée venait de mourir. La mère le crut et demeura tranquille.
» Lorsque Dorothée eut dix ans, son exécrable père, qui l’avait laissée au village, étant allé