‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 69 sur 94 · AGNÈS · texte numérisé non relu

AGNÈS

Ce fut avec le plus grand empressement que Dorothée,, instruite par Jeanne, sortit avec nous le lendemain.

» — Je vais vous faire l’histoire d’Agnès (me ditelle). C’est une charmante fille ! et en vérité, c’est un meurtre qu’elle fait dans une maison comme la nôtre! Elle est d’une pudeur... plus grande que celle d’une honnête fille!... Mais cela est réel, et point du tout affecté !... Elle ne se bat pas, comme Jeanne ; mais quand on l’a mise avec un homme, elle défend tout l’un après l’autre, d’un air de langueur intéressant, qui remue l’âme. Aussi, a-t-elle toujours les mêmes pratiques , qui sont en petit nombre, mais fidèles.

» Elle est fille d’un chanoine et de sa nièce. Le chanoine vit encore. Agnes-Noyau, sa mère, n’avait pas quinze ans, quand son oncle, gros homme court et bourgeonné, qui ne s’embarrassa pas trop de la séduire, entra dans sa chambre la nuit, se mit dans son lit, et ne l’éveilla que par son entreprise. Agnès pleura ; mais cela ne fit rien : l’oncle revint tant qu’il voulut... La grossesse s’étant déclarée, il la mit chez une sage-femme, où elle resta quatre mois. L’oncle avait ordonné de porter ce qui viendrait aux enfants-trouvés ; mais Agnès pria tant, promit tant, qu’on mit sa fille en nourrice.

» Après son rétablissement, elle retourna chez son oncle. Elle paya de son argent les mois de nourrice. Elle fut encore violentée. Mais pour le coup, elle déclara qu’elle avait conservé sa fille, et elle ajouta fermement, qu’elle n’accorderait rien, qu’on ne lui promit d’en prendre soin, et d’un second enfant, s’il en venait. Le chanoine promit tout et Agnès se donna.

» La pauvre jeune fille redevint enceinte. Elle alla passer quatre mois chez la sage-femme ; elle eut un fils, et mourut. Ce garçon fut mis aux enfants-trouvés ; et comme la fille était déjà jolie, le chanoine hésita sur ce qu’il en ferait. Il paya pour elle jusqu’à l’âge de dix ans, une médiocre somme;

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