PREMIÈRE PARTIE
Recevez mes compliments, et l’offre que je vous fais de ma protection ?
« J’acceptai tout ce que m’offrait le prince : mais comme je n’avais ni logement, ni garde-robe, j’eus recours à mon maître qui fut enchanté de mon succès. Je fus entretenue par le prince ; mais il ne me vit jamais que parée. Malheureusement, on voulut me faire jouer d’autres rôles !... Je n’en avais qu’un dans le ventre. Je fus épouvantable dans Zaïre , malgré les efforts de mon maître, pour m’y faire singer Mademoiselle Singement, cadette. Je reprenais à tout moment le ton furibond de sa sœur. Je rendis passablement un rôle d’hôtelière dans un drame allemand. Malgré ce léger succès, mon aversion pour l’étude me rendit si mauvaise actrice, qu’un jour ma mère, après une représentation de l 'Ecueil des mœurs, me dit que je n’étais bonne qu a faire une maqua de Paris.
En fille soumise, je la pris encore au mot. Le lendemain, je vendis mes nippes, mes meubles, mes diamants; j’enfermai l'argent que j'en tirai dans un petit coffre de fer, je repris mes habits de servante, et je retournai dans mon auberge, où l’on me reprit sans se douter du rôle que j’avais joué. J’y attendis une occasion de partir pour la capitale de la France.
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» Personne ne s’avisa de m’aller chercher là, et j’y entendis parler de moi tout à mon aise. Ma mère sut alors que c’était moi qui avais été entretenue par le prince. Elle fit des cris épouvantables ; elle effraya le prince lui-même par une découverte des plus terribles ! Heureusement que dans le plus fort de l’effroi, un vieux moucheur la tira par le bras. — Hé ! là, là, Mademoiselle Cunégonde ! pas tant de bruit ! Ne vous souvient-il pas que la chose est au moins douteuse, et que vous m’avez aussi accusé de vous avoir fait l’enfant pour avoir mes petites épargnes? Ce mot remit un peu le prince, mon père, en partie.
« Le lendemain de cette scène, mon maître s’avisa de venir à mon auberge. Il m'y retrouva et son étonnement fut inexprimable. — Vous avez du caractère (me dit-il) ; suivez vos destinées et vos inspirations ; elle vous mèneront plus loin que moi. Il ne fut pas discret avec l’hôtelière mji maîtresse. Celle-ci disait à l’oreille de toutes ses pratiques que j’étais une actrice célèbre et singulière qui étudiait la nature. Malgré ma laideur et mon air souillon, j’eus beaucoup d’emploi!... au point que je ne pouvais y suffire. Les ducats pleuvaient sans que je me doutasse de ce qui me les attirait... L’heureux temps!... Mais rien de stable en ce