‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 76 sur 94 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Chaton, je fis arrêter la voiture ; deux hommes se présentèrent à la dame, en la priant de ne pas s’effrayer et lui appliquèrent sur le visage une pâte qu’ils y laissèrent quelques minutes. Ils lotèrent ensuite avec précaution, et me l’apportèrent encore molle. On la rectifia sur la sculpture. Cette pâte se durcit toujours. Dès qu’elle l’est suffisamment, pour ne plus mollir on l’applique sur le visage d’une fille, choisie de la même chevelure que celle qu’on veut imiter et on la lie fortement. Aussitôt le maître ou la maîtresse de physionomimie s’exerce à lui faire imiter la manière, l'air de la personne calquée en lui faisant les mimes, et lui montrant la manière de contracter les fibres du visage. On a auparavant exercé la jeune fille, car il faut la prendre de quatorze ans au plus, et vierge exacte ; c’està-dire, qui n’ait jamais éprouvé la première crise; il ne faut pas même qu'elle soit encore nubile. On la fait ainsi travailler pendant plusieurs mois, en la forçant d’éprouver huit à dix fois le jour toutes les passions violentes, comme le rire extrême, la colère, la douleur avec larmes, etc. On ne lui ôte le masque, qui a la bouche, les narines et les yeux percés , que lorsqu’il ne la gêne plus depuis quelque temps, quelque mouvement qu’elle fasse, et la ressemblance est frappante, surtout si l’on

s’aide de l'art de la physionomimie. La fille remet son masque toutes les nuits pour rectifier les traits, qui pourraient s'altérer en dormant.

» Voilà. Monsieur, et mon histoire et mon art. Tout à l’heure vous allez en admirer les effets avec ma jolie Gertrude.

» Mon maître est mort depuis quelque temps. Mais je possède parfaitement sont secret qu’il m’a laissé ainsi que sa fortune.

» Il ne faut pas que j’omette de vous dire la manière dont j’ai le calqué des grandes Dames que je veux vendre en effigie à leurs adorateurs secrets, trop éloigné d’elles, ainsi que des belles tigresses, inflexibles aux soupirs, inaccessibles aux présents, etc. Je gagne une femme de chambre. On persuade à la dame de se mettre une pâte sur le visage pour se conserver fraîche : c’est la mienne. On l’ôte au bout d’un quart-dTieure, parce que la dame se trouve gênée et l’on en remet une autre. Cela fait, on m’apporte la pâte encore molle; je la fais adoucir sur une sculpture en plâtre que je me suis procurée , et qu’on a faite d’après un calqué précédent. Le choix du sujet demande de l'attention, car il faut la même couleur de cheveux, de sourcils, la même taille, la même gorge à peu près, la même jambe et le même pied.

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