‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 78 sur 94 · GERTRUDE · texte numérisé non relu

GERTRUDE

Nous accourûmes le lendemain au Palais- Royal... Hélas ! nous ignorions le sort qui nous y attendait ! Nous ne nous doutions pas que le charme d’un premier amour devait s’y renouveler, et que nous devions y céder à une illusion connue!

Nous traversâmes les allées du jardin. Jamais les filles n’avaient été si jolies. Il semblait qu’un charme était répandu sur toute la nature. Nous avancions, et nous étions près d’arriver quand une jeune beauté nous aborda c’était Gertrude.

— Maman, Madame Cunégonde m’a dit de vous attendre. J’étais à la croisée. Je suis descendue audevant de vous. Nous crûmes entendre la voix chérie de celle que nous adorâmes dans des temps

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plus heureux, lorsque la main du despotisme ne s’était pas encore appesantie sur nous. Gertrude s’avança, et nous crûmes voir marcher le touchant objet de notre premier amour... Arrivé dans l’appartement, elle nous fit tomber sur le même sofa, où elle venait de se jeter et nous tint ce discours :

— Oh ! cher cousin î on veut me ravir à ton amour! On veut que je donne à un autre ma main et ma personne!... Ha! plutôt mourir! (Nous étions dans l’enchantement ; c’était la belle, la jolie, la délicate, la ravissante, la provoquante Gertrude d’autrefois ! nous n’eûmes pas la-force de l’interrompre. — Non, jamais un autre que toi n’aura mon cœur! un sentiment trop tendre m’attache à mon cousin!... Viens, viens cueillir la rose réservée, cultivée pour toi seul!

Elle nous attira dans ses bras. Le charme était tout-puissant : c’était Gertrude à seize ans, lorsqu’à seize ans nous brûlions pour elle!... L’ivresse était insurmontable. Nous cherchâmes la volupté: nous la trouvâmes avec tous ses accessoires et nous entrâmes par la voie la plus étroite dans le temple du bonheur... même après l’illusion, le charme durait encore (1)...

(1) Nous avons eu envie d’effacer cet alinéa : mais

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