PREMIÈRE PARTIE
chez leurs parents. Nous les accompagnâmes à la prière de l’abbé lui-même.
Nous trouvâmes le prince et la princesse dans la douleur. La fausse Frédérique-Eléonore venait de leur donner un violent chagrin, par la dureté de son caractère, et la bassesse de son inclination pour un jockey. Loin de nous l’idée de prêter de l’élévation aux sentiments, à raison de la naissance! mais la fausse Frédérique-Eléonore, étant née d’une méchante femme, et d’un C — in dans le genre du père Domfront, un des héros du compère Mathieu, elle avait et les vices de sa conception, effet du libertinage, et ceux du caractère de ses parents. Toutes ses passions étaient exaltées : et comme elle était laide, la mauvaise humeur qu’elle en ressentait, la rendait méchante... Nous voilà suffisamment justifiés du préjugé frivole de la naissance. La prétendue Frédérique-Eléonore était grosse du jockey. Qu’on imagine la douleur que devaient ressentir un prince et une princesse d’origine allemande qui n’avaient que cette héritière!... Ils pleuraient. L’abbé se fait annoncer pour une affaire indispensable autant qu’importante. Il est introduit. Il s’explique. Nous sommes cités pour témoins. On nous fait entrer. Rosière et Polhimnie, émues mais couvertes du voile de la
pudeur, et intimidées par la noblesse du maintien de la princesse, se tiennent à la porte le corps en arrêt. Le prince s’avance, les regarde, reconnaît Rosière, compare ses traits à ceux de son épouse, et s’écrie. — On vient de me dire ce que mon cœur m’avait annoncé! Il prend ses deux filles par la main. — Madame (dit-il à son épouse), la nature parle le même langage que l’abbé. Oui, ce sont vos filles, puisqu’elles ont vos traits et les miens. La princesse poussa un cri de joie, et embrassa les deux jeunes personnes avec transport. Elle ne pouvait se lasser de les considérer, de les reconnaître, de les caresser. L’abbé donna ses preuves , et en promit la confirmation. Ainsi se termina la journée à près de minuit.
Les jours suivants, l’abbé a tout prouvé. La Liébaut a été punie. La fausse Frédérique-Eléonore, rendue à son nom de Marie-Geneviève, fille de la Liébaut, a été envoyée aux Antilles dans une habitation, après avoir épousé le jockey. Les deux princesses seront un jour reconnues publiquement ; mais on a des raisons pour ne pas le faire aujourd’hui. Leurs heureux parents goûtent le bonheur de se voir deux filles, aussi belles d’âme que de corps. Elles chérissent leurs anciennes campagnes , et notre cousine naturelle, devenue notre épouse, est de