‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 20 sur 89 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

posséder. Leurs parents jouissaient des quatre terres; mais les garnements n’avaient qu’une petite pension.

Madame Janus, après cette découverte, dissimula. Elle envoya chez les parents. Par sa lettre, elle leur donnait l’alternative de ratifier le mariage avec des filles qui avaient quelque fortune, ou de s'exposer à un éclat scandaleux. Les parents accoururent chez elle, sans rien dire à leurs fils, et voulurent voir les jeunes personnes, connaître leur fortune. Madame Janus montra ses élèves, qui plurent beaucoup par leur figure, et davantage encore par leurs discours. Elles avaient chacune près de six mille francs de revenu. Cette considération acheva de décider les parents. Ils se firent présenter les actes, et les ratifièrent, sans rien dire aux fourbes. Cela fait, et Madame Janus rassurée, ils dirent qu’ils voulaient laisser leurs fils tranquilles, persuadés qu’ils étaient de la nature des chats, qui mangent avec bien plus d’appétit les choses volées, que les morceaux donnés.

Ils ne se trompaient pas. Madame Janus ayant gardé le silence, même avec ses élèves, auxquelles, en bonne mère, elle payait exactement leur revenu. Les maris étaient toujours tremblants de perdre leur bonheur. Ils découvrirent bien qu'ils étaient

jeunes; mais ils ne parlèrent ni de leurs parents, ni des tours qu’ils avaient joués. Ils vécurent d’abord du revenu de leurs femmes ; puis les peintres firent quelques tableaux, les médecins tuèrent quelques malades, qui leur furent bien payés, et ils présentèrent avec ostentation quelque argent dans le ménage ; ils eurent des enfants, qu’ils aimèrent beaucoup !

Mais... un événement pouvait renverser tout leur bonheur !

Les enfants avaient depuis trois jusqu’à six’ans; les épouses étaient encore aimées autant qu’aimables, quand les parents, qui voyaient quelquefois ces jolies familles, résolurent de se montrer, et d’avoir tout cela chez eux. Pour cet effet, ils déclarèrent, en un même jour, à leurs fils, qu’ils les voulaient établir. Ils leur représentèrent leur vieillesse; le désir qu’ils avaient de se voir des petits-enfants pour perpétuer leur nom. Ils déclamèrent contre le célibat qu’ils représentèrent comme un état infâme ; la honte de ceux qui s’y concentrent, et un crime de lèse-nation. Ils finirent par proposer, chacun de. leur part, quatre jeunes personnes non belles, mais riches. Les quatre jeunes gens secouèrent d’abord la tête... Puis ils prêtèrent l’oreille... Puis ils demandèrent à voir leurs pré-

Page 1