‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 24 sur 89 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

qu’après, par décence. Elle ne sera mon épouse que dans trois ans. Jusque là, elle aura des maîtresses, qui l’instruiront de ce qu’il faut qu’elle sache! Rien n’était plus juste ; on applaudit.

Démophile se fit conduire chez la marchande de modes, maîtresse de Rosemarine. On l’y trouva occupée à un ouvrage de goût. La marchande en fit beaucoup d’éloges, et dit, qu’elle la faisait peu sortir, et seulement pour sa santé, parce que son temps était précieux.

Démophile fut charmé de ce qu’il apprenait ; mais comme il était pressé, il pria les parents de sa future, de la mettre au couvent, pendant le temps des préparatifs, que l’on commença sur-lechamp. Démophile dit à la marchande, le sort qu’il devait faire à Rosemarine, et lui demanda une compagne, choisie parmi ses filles. La marchande donna sa nièce Lauréole^ que la jeune et sensible Rosemarine aimait tendrement, et dont elle était tendrement aimée. La mère de Rosemarine parut intriguée de ce choix. Démophile pensa que la beauté de Lauréole en était cause. Il rassurait la mère, quand elle lui dit : — J’ai d’autres filles, et ma cadette aurait pu prendre une de ses aînées. — Ne vous en inquiétez pas (reprit Démophile); elles seront mes belles-sœurs, et je

serai bon frère... On conduisit Rosemarine, accompagnée de Lauréole, au couvent le plus célèbre de Paris, à P***.

Ce fut là, qu’on s’appliqua tout d’un coup à la former aux manières du monde, en la rendant familière avec des demoiselles de qualité, en la mettant sous la conduite de quelques dames pensionnaires. Rosemarine avait le caractère si liant, si doux, si caressant, qu elle se fit aimer de tout le monde. Lauréole. au contraire, dont la figure était à plus grands traits, prenait de la dignité. Il semblait que ce fût elle qui dût épouser Démophile, et que Rosemarine dût être sa complaisance.

Au bout de trois semaines, le jour du mariage arriva. Démophile épousa Rosemarine. dont les parents avaient vingt-deux enfants . garçons et filles, depuis l'âge d'un an, jusqu'à celui de vingtcinq. La nouvelle mariée tenait à peu près le milieu. Démophile fut enchanté de se voir si nombreusement apparenté î II en aima Rosemarine davantage. Comme elle avait pris à peu près l'air convenable, pendant son séjour au couvent, et que Lauréole l'avait encore mieux, Démophile n'eut autre chose à faire, que de les environner, chez lui, de femmes du grand monde, qui mettraient feon épouse au fait, avant de la présenter à la cour.

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