TROISIEME PARTIE
être reconnu de tout le monde, même en Allemagne.
Ainsi parla Démophile , et un doux murmure d’approbation remplaça les applaudissements , contenus par le respect dû à la reine.
Il ne fut pas trompé dans sa prévision. Depuis cet heureux moment, tout le peuple de la capitale honora les nobles, considéra les grands, adora la reine : car pour le roi, il est dans tous les cœurs (i), et nous connaissons plus de cent de nos concitoyens, qui portent sur leur poitrine son portrait, comme une amulette.
Quelques jours après, Démophile s'étant aperçu, qu’on le croyait amoureux de Lauréole, il lui chercha un parti. Son discours, et la présentation, où l’amie de Rosemarine avait brillé, le rendit facile à trouver, et ce fut un second lien entre la noblesse et la roture.
Ce fut alors que tout le monde parut content, surtout la mère de Rosemarine.
On s’attend, peut-être, que cette femme allait avoir l’ambition de vouloir faire de toutes ses
(1) Qu’aurait dit le narrateur, s’il avait connu l’admirable discours tenu par le roi, debout, au milieu de l’Assemblée nationale !
filles, des duchesses, ou tout au moins des marquises? Point du tout! Elle consulta son gendre, sur un bourgeois, un marchand, qui recherchaient les deux aînées, et elle les donna, de la manière la plus franche à leurs égaux. Une seule de ses filles, appelée Fleurette, est destinée à un homme de qualité.
Quant à ses frères, un seul a épousé une demoiselle; tous les autres se sont mariés dans leur état. On a poussé leur aîné dans le monde, sans qu'ils en fussent jaloux. Mais il faut dire aussi, que tous les ans, Démophile réunit quatre fois toute la famille, dont Lauréole fait partie, et que pendant ces jours de fête, tous son égaux, tous se tutoient; qu'il est décidé que tous les enfants joueront ensemble, se tutoieront, et se regarderont comme égaux.
Voilà ce qu’on peut appeler de la philanthropie réelle et non une vaine théorie.