‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 29 sur 89 · DEUXIÈME SEIGNEUR POPULAIRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SEIGNEUR POPULAIRE

Un gentilhomme de bonne maison, qui avait entendu parler de l’aventure de Démophile, résolut d’enchérir sur lui.

Démophoon avait été marié ; mais il était veuf. Sa conduite avait toujours été régulière ; parce qu’il avait tendrement aimé sa femme, et qu’il n’avait jamais entretenu de fille de théâtre. Il avait un fils, être faible et délicat comme sa mère. Démophoon pensa qu’au fond, l’homme n’était pas obligé, par la nature, mais seulement par les lois sociales, à s’en tenir à une seule femme ; qu’il pouvait se multiplier, et faire à lui seul plusieurs unions de seigneurs populaires. Il élait duc de Chêne, marquis de Charme, comte de d’Erable, vicomte de Tremble, baron de Frêne, châtelain

de Tilleul, et seigneur d’Alisier, de Châtaignier, de rOrme, de Cormier, de Troye, de Sureau. Cela faisait douze noms.

Démophoon résolut de garder le sien, dans son hôtel, et d’employer chacun des onze autres à se faire une alliance dans le peuple de la capitale.

Pour cela, il chercha douze jeunes filles, dans douze quartiers différents. Comme duc de Chêne, il trouva la fille d’un riche traiteur à la chaussée d’Antin.

C’était une belle brune, d’environ dix-huit ans, nommée Mademoiselle Mars; réunissant une santé ferme à tous ses charmes. Le duc de Chêne la fit demander à son père, en mariage, à deux conditions. La première, que cette union se ferait sans éclat, sans invitation de grands, mais en donnant une jolie fête à tous les parents de la demoiselle, et à tout le voisinage. Par la seconde, la future était avertie, qu’elle n’aurait son mari qu’un mois de l’année , parce que, les onze autres, d’importantes affaires l’appelaient au loin. On accepta les deux conditions, et le duc de Chêne épousa. Tout le quartier fut de la noce, et le duc, par son affabilité, sa tendresse pour son épouse, gagna tous les cœurs.

Au bout de la quinzaine, non par libertinage.

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