‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 30 sur 89 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

non par dégoût de sa femme, mais réellement par vertu, le marquis de Charme remplaça le duc, pour rechercher en mariage , la fille d’un apothicaire du faubourg Saint-Honoré, appelée Mademoiselle Avril. C’était une grande blonde, faite au tour, ayant les plus beaux yeux, les plus belles couleurs, et une voix argentine. Le marquis de Charme l’épousa, en donnant une fête à tous les voisins ; mais une pellicule légère , collée sur son visage, déguisait assez ses traits, pour qu’il ne pût être reconnu. Il avait une maison défférente, et peu nombreuse. Il se réduisit, comme marquis, à vivre en bourgeois.

Il fut très-heureux, pendant quinze jours; au bout desquels, les trames d’un troisième mariage le troublèrent un peu.

Il s’agissait d’épouser, dans le faubourg Saint- Germain, Mademoiselle Mai., fille d’un riche sellier-carrossier, jeune personne , dont les beaux cheveux cendrés, la taille svelte , l’air distingué, semblaient appeler la qualité de comtesse au moins. Le comte d’Erable la demanda, l’obtint, et l’épousa aux mêmes conditions que la première. Mademoiselle Mars, duchesse de Chêne. Le marquis de Charme après ses quinze jours de bonheur, avec Mademoiselle Avril, et quinze jours de

repos, épousa, comme comte d’Erable, la cendrée et belle sellière-carossière qui devint comtesse.

Quinze jours de délai. Quinze jours de recherches, pour trouver, comme vicomte de Tremble, au haut de la rue Saint-Jacques, une jeune et belle mercière, ayant les cheveux noirs comme lebène, ou comme la Mélanie du Palais-Royal, qui portait le nom de Mademoiselle Juin. A chaque mariage, Démophoon prenait une pellicule différente, qu'il ôtait le soir, après les lumières éteintes, afin que la peau de son visage ne parût pas trop rude, comme on le lui avait reproché pendant le jour. Il avait pour confident unique, un vieux valet de chambre dont il était sûr.

Démophoon fut quinze jours l’heureux vicomte de Tremble ; après quoi il devint insensiblement le baron de Frêne, pour épouser, au faubourg Saint-Marcel, Mademoiselle Juillet., fille d’un riche brasseur.

C'était une superbe créature ! un peu colosse ; mais ayant la jambe fine, et le pied bien fait. Elle était brune ; et cependant elle avait la peau d’une blancheur éblouissante. Le baron de Frêne trouva très-courts, ses quinze jours de baronnie : mais enfin, il fallait bien se préparer, par l’abstinence, à un bonheur nouveau.

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