TROISIÈME PARTIE
C’était entre ces deux femmes que se trouva un jeune homme charmant.
Mais l'amour qui inspirait Victoire devenait tous les jours plus vif. Lagarenne le dissimulait. Son plan avait été, dès le premier moment, de faire un mariage inégal, mais secret. Il avait, comme certain marquis de notre connaissance, pour maxime, qu’on ne peut être heureux avec une créature séduite... On ne peut donner sa confiance et son cœur qu’à une épouse. Il se réservait peut-être de faire casser un jour un mariage illégal ; mais ceci n’est pas sûr, et cette disposition était si cachée au fond de son cœur, qu’il ne se l’avouait pas à lui-même... Il étudiait donc Victoire. En six mois... tout autant !... il ne découvrit pas un défaut !... La mère était aussi une très-aimable femme ! et elle aurait balancé les attraits de sa fille, malgré leur fraîcheur, dans un cœur indifférent. Madame Dutort le sentait: c’est pourquoi elle ne faisait point paraître ses autres filles, qu’elle donnait pour des enfants, dans la conversation. Elle ne voulait avoir qu’une rivale. Ce qui l’encourageait, c’étaient les égards respectueux de Lagarenne, qu’elle croyait intéressé, qu’elle pouvait avantager, et qu’elle s'imaginait pouvoir tenter, par un établissement tout formé. Surprise néan-
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moins, de ce qu’il ne s’expliquait pas, malgré qu’on la lui donnât belle, (car la mère accordait de fréquents tête-à-tête, et laissait fort souvent Lagarenne seul avec sa fille), elle résolut d’employer les louanges et les agaceries. Le jeune homme était ardent. Madame Dutort était une belle brune, à la taille provoquante; il adorait sa fllle ; il fut trèstendre... Mais il faut s’expliquer. Cela veut dire, que le jeune homme croyant parler à sa mère, lui faisait des caresses de fils ! Que Madame Dutort les croyant des caresses d’amant, pressait dans ses bras et contre son sein, un beau jeune homme, et lui baisait le front... Après cette petite scène, la dame se crut sûre, à peu près, de son plan, et elle se proposa d’éloigner sa fille.
Au premier mot qu’elle en dit. Victoire devint pâle, puis rougit comme une cerise. Lagarenne, qui l’entendait, pensa qu’il ne s’était pas expliqué, ce qui donnait à la mère des inquiétudes. C’était un dimanche : la maman devait sortir pour préparer la place de sa fille. Lagarenne, qui voulait avoir un entretien décisif et non troublé avec Victoire, feignit d’avoir une affaire importante, alla se mettre en embuscade, vit sortir la mère, et dès qu’elle se fut éloignée, s’élança dans la maison.
Il trouva la belle Victoire seule, un peu triste.