‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 42 sur 89 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

mais elle rougit, dès qu’elle l’aperçut : — Vous restez seule, Mademoiselle? — Oui, M. Lagarenne; je garde la maison. — Me sera-t-il permis de la garder avec vous? — Comme il vous plaira. Mon sieur. — Vous lisiez ? — Oui, une comédie. — De Molière? — Oh ! non. — Peut-on voir? — Zéphirel une comédie intitulée Zéphire^ doit être bien légère ! — Non : elle est... touchante. — Ah ! que je voudrais vous la lire ! — Pourquoi ? — Une lecture touchante doit aider à exprimer cequ’on sent. — Ha oui I... Vous aimez maman. — Je l’adore. — Vous avez raison. — Elle est votre mère... Elle sera... la mienne... — La vôtre î — Belle Victoire ! vous m'êtes plus chère que mon existence... — Moi î — Vous. Apprenez que c’est pour vous seule, que j’ai pris un état, au-dessous, ce que je pouvais prétendre... Je vous ai adorée dès la première vue ; mais désirant de faire votre bonheur en faisant le mien, j’ai voulu vous connaître parfaitement... Je ne pouvais d’ailleurs supporter votre absence; elle me faisait trop souffrir... — Ah! Lagarenne ! L’aimable Victoire se laissa presser dans les bras amoureux du jeune homme. Elle était ravie, comblée!...

— Vous m'aimez... uniquement ? (lui dit-elle enfin). — Uniquement, et au-delà de toute exprès-

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sion. Vous serez mon épouse : je vois que nous pourrons être heureux ensemble ; rien ne m’arrête plus... Vous saurez un jour, Mademoiselle, combien j’ai dû vous aimer î

Or il faut savoir, que Madame Dutort avait eu la même pensée que le faux Lagarenne, c’est-à-dire, qu’elle avait leint de sortir pour rentrer par un jardin terrasse, dans la Cour du commerce, se glisser jusques auprès des deux amants , et les écouter. Fdle fut un peu contrariée, par ce qu’elle entendait; mais point surprise : elle trouva trèsnaturel que la jeune et belle Victoire l’emportât sur elle. Cependant, comme on n’aime jamais sa rivale, elle fut un peu piquée, et elle résolut à son tour de contrarier Victoire.

Pour y parvenir, elle sortit à l’instant même, donna ordre à une jeune fille de boutique de ne pas quitter sa fille aînée, et s’en alla chercher la seconde.

Adélaïde Dutort était une belle brune, telle qu’était sa mère à quinze ans ! Elle avait l’air noble, sa blancheur était éblouissante ; elle était en un mot plus belle que Victoire ; mais Victoire était plus jolie : c'est ce que nous sentons nous autres hommes; mais ce que la plupart des femmes ne sentent pas ; elle jugent toujours mal leur sexe.

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