TROISIÈME PARTIE
Tandis que les deux amants achevaient de s’expliquer; que Victoire, au comble du bonheur, écoutait avec ravissement les projets de son amant. Madame Dutort retirait Adélaïde, et la ramenait à la maison, suivie d’un homme qui portait sa cassette. Elles arrivèrent au moment où Lagarenne sortait, pour aller parler à son prétendu père.
En apercevant Madame Dutort, il courut à elle et lui baisa la main. Il leva ensuite les yeux sur Adélaïde, et il fut ébloui de l’éclat de sa beauté... Mais un coup d’œil sur Victoire, plus douce, plus touchante, affaiblit l’impression... Il courut chez son intendant, et lui déclara qu’il voulait épouser Victoire dans huh jours. Il n’écouta pas les représentations. — Tous les hommes sont égaux (répondit-il) ! et vous savez que c’était le sentiment de ma mère. Ainsi, je veux braver tous les préjugés. Etes-vous fâché que j’aie les inclinations de votre fils! Les pères comme l’intendant, quelque rééls qu’ils soient, n'ont aucune autorité sur leurs enfants ; il fallut céder, par respect pour ne pas occasionner pis. Le soir même, Lagarenne père vint demander Victoire en mariage, pour son fils.
Madame Dutort trouva cela très-conséquent, après ce quelle avait entendu; mais elle fut sur
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prise de tant de célérité î Elle le témoigna. — Que voulez-vous ? (répondit Lagaronne père) : les grands seigneurs sont comme ça! Que voulez-vous dire, Monsieur Lagarenne, les grands seigneurs !
— Il faut vous découvrir la vérité (mais, chut ! motus) !... Mon prétendu fils est Monsieur le duc de***, fils du maréchal de***. Il est devenu éperdûment amoureux de votre fille aînée, et c’est pour cela qu’il s’est fait passer pour mon fils, afin d’entrer chez vous. — Bon ! — C’est la vérité. — Je ne m’étonne plus! — Il vous aime aussi! son caractère est excellent ! et je suis sûr qu’il fera le bonheur de votre fille, le vôtre, et celui de toute votre famille !... Mais il tient de son père : c’estun homme... qui en vaut quatre, et votre fille est bien délicate !
— Bon ! bon ! Monsieur Lagarenne, les plus délicates supportent à merveille ces choses-là. — Soit! Vous voilà instruite. Il veut être votre gendre dans huit jours. Il ne veut pas être contrarié ! — Il ne le sera pas. Nous allons agir...
Tel fut l’arrangement qui fut pris par l’intendant père, et Madame Dutort. La marchande n’eût plus de jalousie ; elle n’eut plus de colère entre sa fille ; elle n’eut plus de desseins pour troubler son bonheur. Elle vit les choses comme elle devaient être
vues.