TROISIÈME PARTIE
mettre les vrais noms. par ordre de son fils maître, et l’on donna toute la validité possible à cette union. Mais la mère parut ignorer la condition de son gendre, et Victoire l’ignorait véritablement.
Dans la journée cependant, sa mère crut devoir l'instruire. Elle lui donna des leçons, pour augmenter le bonheur de son mari; elle lui recommanda la naïveté, qui lui était naturelle, et l’art, qui ne l'était pas... Elle lui découvrit ensuite qu’elle était secrètement duchesse ; mais elle ajouta, qu’il fallait qu’elle l’ignorât, jusqu’à ce qu’il plût à son mari de le lui révéler. Victoire n’en fut pas plus heureuse d’être duchesse ; au contraire, elle trembla. Elle aimait ; elle aurait préféré un sort tranquille, avec son égal. Sa frayeur la rendit plus soumise à sa mère. Quand elle revit son époux, elle fut plus ravissante, plus timide; il l’en trouva plus adorable, et sa passion fut à son comble !...
Le soir arrivé, il fut question de coucher la mariée. Ce fut sa mère qui la mit au lit, modestement, entre les rideaux tirés... Il était convenu que les nouveaux époux demeureraient à la maison de la mère. Le duc Lagarenne l’avait désiré pour jouir plus longtemps avec sa femme, d’une douce égalité, dans une condition commune. Il ne savait pas que son intendant père l’avait trahi. Madame
Dutort, qui avait ses vues, et qui voulait que l’excès du bonheur fit déclarer la fille hautement duchesse, prit des moyens bien singuliers, pour y parvenir. On a entrevu comme elle avait retardé la cueillette de la rose jusqu’après le mariage : on va conjecturer, comment elle saura conserver à sa fille, le charme de la fleur virginale, après le mariage, après... une triple maternité... Il est des choses vraies, qui ne sont pas vraisemblables.
Victoire venait d’entrer, à demi déshabillée dans l’alcove de la couche nuptiale. Le nouvel époux brûlait de l’y joindre... Mais... le respect allégué pour la pudeur de sa délicate épouse, le retenait... Enfin les lumières s’éloignent, et il peut franchir les barrières... Il trouve des appas d’une perfection présumée... Il cherche le bonheur... Il triomphe d’obstacles charmants... et les douloureux soupirs de sa jeune compagne, paraissent donner un nouveau prix à sa Victoire... Il la fatigua... Morphée versa ensuite ses pavots sur les trophées de l’amour. .
Le lendemain. Victoire parut fraîche comme les lis... Son éclat, effet d'un sommeil paisible, frappa d’admiration tous les yeux, et surtout ceux de son mari. Auprès d'elle, en lui parlant, il respirait le parfum de l’innocence et de la pudicité... Victoire conservait les manières et les charmes des filles ;