‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 46 sur 89 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

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elle était moins voluptueuse qu’une nouvelle mariée, émoustillée par le plaisir, mais elle était plus attachante.

Adélaïde n’avait point paru. On la dit malade... Le soir du second jour, tout se passa comme a veille... Bref, il fallut que Victoire donnât les signes de la grossesse. Mais son air brillant contrastait avec son état ; et le duc Lagarenne disait : — J’ai fait un beau choix : ce qui ternit l’éclat des autres femmes, embellit la mienne... On accoucha d’une fille, que sa mère nourrit... Victoire garda le lit quelques jours, la chambre six semaines, et reparut au grand jour, plus belle que jamais... Mais cette charmante femme n’était pas de la tricherie ; sa mère seule conduisait tout.

Adélaïde ne paraissait pas depuis longtemps. On la disait retournée avec ses sœurs, et l’on ne voulait pas que Lagarenne les allât voir. Lorsque Victoire parut rétablie, son mari vint pour coucher avec elle. Madame Dutort conduisit encore les choses. Le mari fut enchanté de trouver aux appas de sa femme, devenue mère, la même perfection, que le jour de sesnoces. — Elle est unique ! (disait-il à Madame Dutort) !... Il vécut ainsi pendant quelques mois, au bout desquels on fit feindre à Victoire une nouvelle grossesse. On accoucha

encore d’une fille, qui fut nourrie par sa mère...

Victoire bientôt rétablie, fut désirée plus vivement que jamais par son mari. Son étonnement redoubla, quand il la retrouva plus vierge encore... Ce n’était pas tout : pendant le jour, auprès de son épouse, qu'il avait, ou croyait avoir possédée la nuit, il éprouvait cette fleur de désir, qu’on ne ressent qu’auprès des jeune filles. C’est que Victoire en avait toute la fraîcheur... Une troisième grossesse, terminée par la naissance d’une fille, se passa comme les deux autres.

Il y avait trois ans et demi, que leduc Lagarenne était marié. La Révolution arriva. Lorsqu’elle fut consommée, loin de rougir d’avoir épousé une roturière, le duc sentit qu’il pouvait s’en faire honneur, et obtenir par là une grande faveur populaire. Il résolut de déclarer son mariage à sa famille. Il découvrit à Madame, ce qu’elle savait déjà; mais il voulait surprendre agréablement une femme qu’il adorait ; il se tut avec elle.

Observons ici, que Madame Dutort, femme audessus de toute espèce de préjugé , connaissait parfaitement le cœur humain, soit par instinct, soit par une étude particulière. Elle avait senti, ou deviné, qu’on aime une jeune fille, parce qu’elle a la fraîcheur de fille; et qu’on cesse d’aimer une

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