‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 61 sur 89 · L’AMANT QUI DONNE UNE INCLINATION AU MARI · texte numérisé non relu

L’AMANT QUI DONNE UNE INCLINATION AU MARI

Deux jeunes gens, du même état, et compatriotes, Saci ou Lavarenne , vivaient ensemble dans une parfaite union. L’un (Saci) avait épousé une jolie personne, qu’il aimait.

Madame Saci qui, fille, n’aimait pas son mari, avait changé depuis, et comme, toutes les honnêtes femmes, elle remplit son devoir. Elle était aussi naïve que jolie ; sa beauté avait séduit Lava renne ; la naïveté, lancien éloignement pour le mari, donnaient des espérances. La conduite de la belle Julienne étdàt pleine de candeur ; elle était douce et familière avec Lavarenne, comme avec l’ami sûr d’un époux aimé. Cependant le jeune homme

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était devenu éperdûment amoureux de la jeune dame, et il osa même l’avouer. Madame Saci ne se fâcha pas ; ne se plaignit point à son mari. Elle se contenta de se surveiller elle-même avec tant d’attention que le péril physique n’existât jamais.

Lavarenne n’était pas maltraité : il prenait patience, quoique sa passion augmentât tous les jours. Enfin il feignit de vouloir se marier.

— Madame (dit-il un jour à l’épouse), je croyais vous aimer, parce que vous êtes belle femme, taillée par les grâces, que vous avez une démarche voluptueuse, des yeux superbes !... Point du tout! Je viens de m’apercevoir, que j’adore tout cela, simplement parce que vous êtes la femme d’un ami, cher au-delà de toute expression. — J’en suis ravie ! (lui répondit la jeune épouse). Il ne manquait que d’être raisonable de ce côté-là. — Je veux me marier. — Ah ! vous me donnerez une amie! — C’est sur Mademoiselle Aurore-Parisin que j’ai jeté les yeux. — C’est une demoiselle charmante ! — Je crois que je l’aimerai, pourvu que... — Pourvu que ? — Mon ami lui fasse l’amour pour moi... Dès qu’il l’aimera, qu’il sera aimé, je fadorerai... — Cela est singulier! (répondit en riant la naïve et belle Madame Saci). — Mais vrai ! (ajouta Lavarenne)

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