DEUXIEME PARTIE
et l’avait reconnu ; il avait vu ensuite Adélaïde et l'avait également reconnue. Il avait frémi, et s’était bien gardé de se montrer ! Le vicomte père, fut bien étonné d’apprendre que ce n’était pas la baronne qu’il avait possédée!... Mais il n’en sut pas davantage.
» Le jeune amant, de son côté, ne dit mot à sa maîtresse. Elle ne lui avait encore rien accordé ; il l’évita... Elle devint grosse, et elle l’en iriforma par une lettre... La réponse du jeune J***, fut la vérité. Il offrait la preuve de tout. Adélaïde audésespoir, eut la force de questionner adroitement son père et la baronne ; elle ne fut que trop confirmée dans la vérité ! Elle résolut de détruire son fruit... Mais les moyens se réussirent pas. Elle eut alors le bonheur de pouvoir consulter le médecin, chez lequel était maman Janus. Cet habile homme l’empêcha de prendre des drogues et lui promit de l’accoucher secrètement.
» On réussit à cacher la grossesse à l’aide du médecin, qui traita d’une prétendue maladie; et qui, lors de la crise, usa de son crédit pour engager à lui confier la malade pendant six semaines.
» Adélaïde accoucha de moi chez le médecin. Maman Janus me reçut, et prit soin de mon enfance. Je lui dois la vie. Car dans un moment où
l’on m’avait laissée auprès de ma mère, elle voulut m’étouffer. Heureusement que maman Janus rentra! Elle m’emporta et me donna une nourrice quelle a payée. Ainsi je lui appartiens.
» Voilà toute mon histoire. »
Nous priâmes aussitôt Œillette de nous faire son récit. — Je n’ai pas (nous dit-elle en rougissant), le talent de narrer comme ma sœur Rose. Elle sait tout ; qu'elle raconte pour moi.
— Je le veux bien (s’écria Rose).
« Œillette est ma sœur de père. Elle est fille du vicomte et de la baronne. Celle-ci se trouvant grosse , et non-remariée , jugea très-à-propos de cacher la maternité. C’est une femme esprit fort ; elle ne rougissait pas de son état, devant ses connaissances intimes. Mais ma grand’mère maternelle lui fit entendre, qu'ayant des filles, ma mère et une autre, il fallait éviter de les scandaliser. Ce fut ce qui détermina la baronne, à se rendre chez le docteur notre protecteur primordial, pour y accoucher de ma sœur. Ce fut environ trois mois après ma naissance.
» La baronne était brune et jolie comme sa fille. Maman Janus qui dès ce temps-là, prévoyait son établissement actuel, s’en chargea volontiers. La baronne donnait la paternité à son amant, et celui-