DEUXIEME PARTIE
ci en était tout glorieux; mais après la naissance d’CEillette, les traits de mon père étaient si visiblement amalgamés à ceux de la baronne, qu’on n’osa pas montrer l’enfant au père putatif ; on lui dit qu’Œillette était morte.
» Nous avons été élevées ensemble jusqu’à présent. Maman Janus s’étant établie, elle nous a fait voir à nos mères, et leur a demandé leur consentement, pour faire de nous ce qu’elle en fait. Elles l’ont donné parce que ni l’une, ni l’autre n’étaient dans le cas de nous prendre avec elles.
» Le vieux financier chez lequel nous allons étant venu ici, il nous choisit,, ma sœur et moi. Il voulut savoir notre histoire à toutes deux, et il fut enchanté de nous avoir préférées par hasard, et de ce que nous étions presque du même sang, quoique de chevelure différente. Il dit aussi que notre origine donnerait plus d’énergie et d’activité à nos effluences.
» Je vais remplir ici une tâche désagréable , de peur que mes compagnes ne la négligent. Je prendrai sur moi de vous donner les détails de la restauration. Nous avons le vieux financier.
» A notre première entrée chez lui, nous étions instruites par maman Janus. Ainsi, nous ne fîmes point de sottes difficultés. Il se mit au lit au milieu
de nous, s’entrelaçant de son mieux. Je vous assure que c’est une grande peine surtout en été! 11 faut toute l’amitié que nous portons à maman ; et le besoin que nous avons de nous faire un sort, pour nous obliger à supporter la fatigue, l'insalubrité, la singularité... les dégoûts de notre emploi ! Un vieillard... qui tousse... crache... mouche... sue... et fait mille autre choses... non moins désagréables!... Ha!... Enfin, nous le faisons, et nous aspirons au moment de notre liberté, comme des prisonniers à la Bastille, à voir le jour. Je vous assure que nous ne ferons pas comme Rosalie et Fanchette, et que jamais nous ne gagnerons le dépôt ! »
Ainsi parla Rose.