PYRAMIDALE ET PENSÉE
Aussitôt après le récit des deux Sunamites précédentes. deux autres s’avancèrent, et Pyramidale la brune prit la parole.
» — Pour nous, Monsieur, nous sommes cousines, et nos parents sont bien connus : si nous avons une existence, nous la devons à maman Janus. Ma mère est femme d’un décroteur, à l’île Saint-Louis, et celle de Pensée est chiffonnière. C’est ma tante, dont le mari est roux ; mais sa fille est une jolie blonde, comme vous voyez.
» Ma mère me portait auprès de mon père, et me laissait sur le rebord du trottoir. Ma tante mettait ma cousine auprès de moi, et nous restions là
toutes deux, commençant à nous traîner. Un jour, il passa sur le pont une dame en voiture, qui dit à une autre : — Regardez donc ces deux enfants ! Cette femme-là, noire et laide, les a volées ; il n’est pas possible qu’elles soient à elle! Ma mère les entendit, et elle leur dit des injures. Peu de jours après, les deux dames repassèrent encore ; ma mère était absente ; elles envoyèrent mon père en commission, en le payant d’avance, et dès qu’il fut parti, elles nous prirent, et nous emportèrent, en nous donnant des bonbons.
» Je ne sais où l’on nous mena ; mais le soir, on vint prendre mon père et ma mère, mon oncle et ma tante, et on les conduisit au Châtelet. Ils furent interrogés, le lendemain, à notre sujet. Ils offrirent toutes les preuves possibles que nous étions leurs enfants. On les fit sortir, en leur offrant tel dédommagement qu’ils voudraient, et deux dames se trouvèrent là, qui proposèrent de se charger des deux petites. Mais ma mère et ma tante se mirent en colère, et jurèrent qu’elles ne nous céderaient pas. Tout ce qu’on put leur dire ne servit de rien. Il fallut nous rendre.
» Dans ce même temps-là, ma mère et ma tante entendirent parler de maman Janus, par la femme dépouilleuse d’enfants, qui avait volé mes deux