‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 29 sur 98 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

de la manière la plus piquante. Après le souper on causa, chaque amant avec sa belle, qu’il remercia de son bonheur. La belle, en rougissant, pria son amant d’être discret sur le gage qu’il lui avait enlevé. L’amant n’entendait pas. On s’expliqua. Il demanda celui qu’on lui avait pris et qu’on lui nia. Grand étonnement! Priape guettait. Il eut l’art de séparer les douze belles de leurs galants ; il ordonna ensuite aux douze rustres de passer devant les belles, le gage visible; tandis que d’un autre côté, les douze servantes passèrent également devant leurs petits maîtres, en montrant les gages attrapés. Ce fut un grand étonnement pour les douze paires d’amants ! Les demoiselles ne sonnèrent mot. Mais les jeunes gens parlèrent. On ne put néanmoins démêler le fond de cette aventure.

» Quatre demoiselles , des douze , devinrent enceintes, ou du moins furent seules qui le parurent. Persuadées, parles entretiens qu’elles avaient eus avec leurs amants, que ce n’étaient pas eux qu’elles avaient favorisés, elles vinrent à Paris cacher leur faiblesse amoureuse. Ce sont nos mères. Quant aux servantes, elles accouchèrent presque toutes dans la ville, en nommant le père de leur enfant, et déclarant la manière dont il avait été conçu. Elles étaient payées par Priape.

» Ce fut alors comment les jeunes gens des deux sexes connurent comment ils avaient été joués par cet homme. Un d’eux le guetta, et un beau soir lui donna son passe-port pour l'autre monde... Mais admirez la malice de Priape ! Il avait prévu le coup! Dans son testament il faisait des legs aux douze demoiselles; il motivait ces legs du tour qu’il leur avait joué; nommant aussi les douze rustres qui avaient obtenu les faveurs des douze belles, et laissant à chacun une vigne avec une pièce de terre !

Ce testament fit le plus grand bruit ! La sœur du testateur, qui seule pouvait le faire casser (c’est ma mère), en demanda l’exécution et se contenta de ce qui lui restait, tous les dons prélevés.

» Voilà l’histoire de notre naissance à toutes quatre, vous connaissez ma mère qui m’a promis que j’aurais ma part dans la fortune de mon oncle. Balsamie est fille d’une demoiselle de grande condition, qui s'est mariée malgré son accident, à celui qui la devait épouser ; elle a laissé son legs à sa fille. Lilette est petite fille d'un président, par sa mère et Tubéreuse, d’une héritière bourgeoise qui s’est également mariée. Les huit autres belles ont caché leur état, ou n’ont reçu qu’un coup d’épée dans l’eau. Quant aux enfants des servantes, cha-

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