‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 28 sur 98 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lui seul connaissait le déguisement, et il leur avait promis de leur livrer les douze plus belles dédaigneuses, sa sœur en tête, à la condition qu’ils les traiteraient en nouvelles mariées. Les rustres, en conséquence, devaient se ménager au souper qui partageait le bal en deux, vers minuit. On dansa... Les douze dédaigneuses avaient un petit bout de rose à leur habit.

» A minuit donc, après une danse animée, où les hommes bien nés s’étaient l'ait connaître, par le parler guiorant du bal, on se mit gaîment à table, sans penser à la dérogeance. Pendant le souper, Priape fit une fausse confidence du déguisement des femmes, à douze, tant bourgeois que robins et gentilshommes, tous jeunes et pétulants. Il fit mettre l’habit désigné à douze servantes choisies, auxquelles il recommanda d’imiter leurs maîtresses et de se laisser faire. Il payait leur complaisance. Une autre confidence était également faite aux dédaigneuses, sur l’habit des douze plus beaux jeunes gens comme il faut et sur le silence obstiné qu’ils devaient garder. Chacun de ces jeunes gens était l’amant aimé de chacune des belles.

» Tout cela disposé, le bal recommença. Les rafraîchissements étaient agréablement mixtionnés ; on avait beaucoup bu et mangé fort ; la joie et la

volupté circulaient dans les veines : les servantes étaient choisies bien faites , les demoiselles avaient un habit moins élégant... Tout réussit au malin Priape : les douze belles furent égarées dans des chambres, au fait desquelles on avait mis les rustres et les servantes ; les belles demoiselles furent traitées étonnamment, et on leur enleva un bijou à chacune ; les servantes furent surprenantes par leur fraîcheur, et pareillement elles enlevèrent chacune un bijou aux galants. Tout le monde fut comblé.

» Le bal finit au jour, et les acteurs se retirèrent pour aller dormir.

» Le lendemain soir, Priape réunissait encore tout son monde, non pour danser — on .s'en était donné pour deux jours, — mais pour souper. C’était le mardi soir. Ici, les rangs ne furent plus confondus ; les demoiselles s’assirent avec les nobles, les robines avec les robins, les bourgeoises avec les bourgeois, etc. Enfin les servantes* étaient derrière leurs maîtresses, pour les servir, comme les laquais servaient leurs maîtres. C’était ici la soirée des confidences. Chaque fat favorisé la veille par une laveuse de vaisselle était turgi de bonheur et de gloire : chaque belle, qui croyait avoir été vigoureusement aimée, faisait la petite minauderie

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