‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 33 sur 98 · CAPUCINE ET CENTAURÉE · texte numérisé non relu

CAPUCINE ET CENTAURÉE

La blonde Capucine prit la parole : et à cette occasion, nous remarquâmes que les blondes, quoique avec moins d’esprit, en général, que les brunes sont ordinairement meilleurs orateurs. Les brunes parlent trop vite ; mais elles écrivent mieux. On sent qu’à tout cela, il est de fréquentes exceptions.

« — Monsieur (nous dit Capucine), puisque maman permet que je vous fasse notre histoire à ma coucheuse et à moi, je le veux bien. Sans doute, qu’en nous trouvant ici, vous deviez vous attendre, que nous ne sommes pas des filles ordinaires, nées tout bonnement dans le mariage, de parents aisés, dont l’union est sanctionnée par toutes les lois?

» Je suis fille delà fille d’un laitier, et Centaurée est ma sœur et ma tante. Ma mère était passablement jolie ; mais une chose en quoi nous tenons d’elle, ma sœur-tante et moi, c’est qu’elle avait la marche la plus agréable, et la plus jolie jambe de l’Europe. Ce fut cette perfection qui porta jusqu’à la frénésie, pour elle, la passion d’un homme marié, âgé de quarante ans, fort, et si vigoureux avec les femmes, qu’il était redouté de toutes celles qui le connaissaient. Ma mère, ni ma grand’mère ne pouvaient savoir cela : elles ne le connaissaient pas.

» L’homme amant de ma mère, ne l’eut pas plutôt remarquée qu’il la guetta tous les jours pour la voir passer. Quand elle marchait dans la rue, il la suivait, ravi d’admiration. Il excitait tellement sa passion amoureuse par là qu’il n’en fut plus le maître. Un jour de fête , il s’aperçut que ma grand’mère, et mon grand-père, homme sévère (diton), et fort âgé n’étaient pas à la maison. Il’ observa que tout le voisinage allait à la promenade à cause du beau temps. Il réfléchissait comment il profiterait des circonstances, pour s’introduire dans la maison et en connaître les agets, lorsqu’il découvrit de loin ma mère qui revenait seule. Après s’être assuré qu’elle n’était pas accompagnée, il se

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