DEUXIÈME PARTIE
précipita dans l’escalier, qui était obscur, monta un peu plus haut que le premier et attendit la belle. Tandis qu’elle ouvrait, il descendit doucement, entra comme elle, la saisit au premier cri, lui couvrit la bouche d’un mouchoir, referma la porte et menaça de la tuer si elle jetait un cri. Ma mère effrayée . s’évanouit. L’homme en profita pour contenter sa passion. Après quoi, ayant des craintes, il lui lia les mains et les jambes, puis il descendit et s’enfuit dans une maison voisine, d’où il regarda par une fenêtre d’escalier. On ne vit pas que sa victime s’agitât ; mais au bout d’une demi-heure, son père et sa mère parurent avec la sœur aînée, mariée depuis longtemps. Ils rentrèrent. L’homme examinait sans être vu, se cachant dans un cabinet d’escalier, dès qu’il entendait quelqu’un monter ou descendre. Il ne tarda pas à remarquer le trouble de la maison. Le soir venu, il vit encore plus à son aise, aux lumières. Ma mère pleurait. On la déshabilia et on la mit au lit. L’homme s’en alla.
» Comme il avait été vu de ma mère, il n’osa plus reparaître dans le quartier. Il tremblait même dans les rues et dans les jardins publics. Il changea tout son habillement, prit perruque, et alla jusqu’à se déguiser en femme pour voir passer ma mère.
» Elle cessa de paraître au bout d’un temps. L’homme employa tous les moyens pour savoir ce qu’elle était devenue. Il se mit en marchande d’huîtres et monta pour en offrir. A la porte, avant de frapper il entendit ma grand’mère qui grondait, en disant : — Vous voilà grosse ! Pardi ! on repousse bien un homme quand on le veut ; mais votre grossesse prouve qu’il ne vous était pas inconnu ! Ma mère pleurait. La marchande d’huîtres ne se montra pas ; elle en savait assez. Mais elle était furieuse contre ma grand’mère, et elle se promit de la punir en la traitant comme sa fille.
» L’occasion s’en présenta bientôt. Mon grandpère mena ma mère prendre l’air à la campagne, de grand matin, pour toute la journée. L’homme observa que la sœur aînée accompagnait son père et sa sœur, et que la mère restait seule à la maison. Il la guetta et vers les deux heures, au moment où elle était dans sa cuisine sur le derrière; il vint en femme lui offrir du thym, du laurier, du basilic et de l’ail. Ma grand’mère en acheta. Au moment où elle payait, la prétendue femme se jeta sur elle, et l’effraya tellement, que ma pauvre aïeule perdit connaissance. L’homme...
Vous entendez ? Ensuite , il la lia comme
1 avait été sa fille et s’en alla... Il en fut quitte pour