DEUXIÈME PARTIE
aperçu que c’était la suivante, attendait la dame. Au signal il s’avança, lui prit sa belle main et plein de courage, il lui prouva sa passion... extrême... La petite femme de chambre en était tout émerveillée!... Enfin, on termina, et les deux femmes bien persuadées qu’elles avaient favorisé le secrétaire s’en retournèrent très-contentes.
Or, il arriva que le soir même, le marquis en rentrant, trouva le galant de sa femme, qui rôdait pour s’introduire. Sans le reconnaître, parce qu’il était emmitouffié, il tomba sur lui l’épée à la main, le prenant pour un voleur. Le secrétaire, plus adroit à l’escrime que le marquis, blessa son adversaire et s’enfuit. Les domestiques accoururent au bruit. Le marquis très-blessé dit que c’était un voleur et on le mit au lit. Il ne vit sa femme que le lendemain.
» La marquise marqua une douleur aussi vive, que si elle avait été fidèle. Son mari presque mourant, lui dit que l’homme ressemblait au secrétaire. La marquise , elle, était convaincue que c'était son galant qui se retirait, lorsqu’il avait été aperçu par son mari. Mais elle garda un prudent silence. Elle en fut bien plus convaincue dans la journée, qu’ayant été chez son père, elle vit le secrétaire légèrement blessé. Elle lui en parla, et
il avoua la rencontre. Il ne se dirent que deux mots. La marquise ignora que son amant n’avait pas été le favorisé. Ce ne fut qu assez longtemps après qu’ils s’expliquèrent. La marquise consulta sa femme de chambre, qui, voyant que ce n’était pas le galant de sa maîtresse, ne lui cacha plus sa déconfiture. Les deux femmes raisonnèrent à perte de vue. Enfin, Thérèse, la femme de chambre, dit à sa maîtresse : — Mais votre cocher à l’air bien goguenard depuis quelque temps ! Saurait-il quelque chose ? Je verrai cela.
» En effet, elle lui en parla dans la journée. Dès le premier mot, M. le cocher, glorieux de sa double aventure, déclara tout : comment il avait été tenté d’avertir M. le marquis , et comment il avait succombé à la tentation plus forte de posséder Madame... La marquise qui le vit possesseur de son secret prit le parti de la résignation.
» Mais elle devint enceinte. Thérèse aussi. L’une était fille; le mari de l’autre non guéri, n’ayant pu auparavant déflorer sa femme parce qu’il était blasé, enfin ne l'ayant pas vue , depuis son accident. Comment faire? On consulta le médecin de maman Janus, qui procura les moyens d’accoucher secrètement. La maîtresse et la femme de chambre partirent le même jour , à la même