LAVANDE ET JULIENNE
Ce fut ici la brune Lavande qui prit la parole.
« — Notre histoire à Julienne et moi, ne ressemble pas à celle qu’on vient de vous conter. Nous sommes filles d’un cocher, de sa maîtresse, et de la femme de chambre. Mais cela est tellement embrouillé qu’on ne sait laquelle de nous deux est fille de la maîtresse ou de la chambrière.
La marquise de L***, avant de se marier, avait pour galant le secrétaire de son père ! Jamais ils n’avaient été au dernier point ; mais ils avaient usé de la petite oie. La femme de chambre, brune et piquante comme sa maîtresse, et du même âge,
c'est-à-dire dix sept ans, était la confidente. On demanda la demoiselle en mariage ; c’était l’intérêt qui déterminait le marquis; c’était la gloire qui déterminait le richard, père de la demoiselle, et c’était l’autorité qui déterminait celle-ci.
» Dès que la belle fut mariée, elle résolut de favoriser son galant. Un jour qu’il était en carrosse avec elle, le cocher les entendit au moment où il venait d’arriver se donner un rendez-vous. Il fut d'abord tenté d’en prévenir son maître. Mais en voyant descendre Madame, il la trouva si jolie, si voluptueuse, qu’il lui vint une autre idée. Il savait l'heure et le lieu du rendez-vous, dans son grenier à foin ! Il résolut de se parfumer et de remplacer le galant.
» A l'heure indiquée, on ne manqua. Le cocher avait eu soin que le secrétaire ne pût entrer dans la maison, en l’effrayant. Un femme s’approche dans l’obscurité, et fait : — Chut ! — St (répond le cocher en saisissant la belle qu’il ne ménagea pas). Elle se déroba néanmoins, après la chose faite et s'en alla : c’était la femme de chambre.
» — Hé bien (lui dit la maîtresse), y est-il ? — Ha ! je le crois, Madame, qu’il y est ! j’en ai des preuves !... Elle n’en dit pas davantage et elle conduisit sa maîtresse. Le cocher, qui s’était auss