DEUXIEME PARTIE
vîmes une jolie enfant, aux cheveux frisés, et dorés, qui pleurait. Nous l’environnâmes. Elle dit, qu’elle avait perdue sa maman. — Nous allons t‘en donner une’ autre ! (lui dîmes-nous). Et nous la menâmes à maman Janus, qui chercha partout le jour même, et qui le lendemain fit publier, qu’elle avait trouvé une jolie enfant. Personne ne réclamant, elle la garda.
» Huit jours après, jour pour jour, nous étions aux Tuileries. Nous jouions sous les arbres, en courant, et nous nous écartâmes auprès des buis, qui n’y sont plus. Là nous vîmes une vilaine femme, qui tâchait de consoler une jeune fille qui pleurait. Cette enfant était bien vêtue. Nous nous mîmes à crier comme des aigles : — Maman ! maman Janus ! une petite demoiselle qui pleure ! Maman vint auprès de nous, avec les deux chirurgiens, qui demeuraient à la maison. Dès que la vilaine femme les vit, elle s’enfuit. Nous menâmes la petite demoiselle à maman. — Qui êtes vous, ma fille ? (lui demanda-t-elle). — Hélas ! madame ! je n’ose presque vous le dire. — Dites-moi l’essentiel ? Puis- je vous rendre vos parents ? — Non. madame : On m’a perdue exprès. J’ai vu fuir ma tante, et mes cris n’ont pu la toucher... Je l’ai vue de la terrasse, monter en carrosse de louage, et s’é-
loigner. — Venez avec moi, ma belle enfant ! (lui dit alors maman Janus, et causons, en marchant. — Madame (reprit Framboisine ; car c’est cette brune aimable que voilà), vous êtes mère de ces aimables enfants, et vous devez être bonne. — Vous avez de l’esprit ! (répondit maman Janus). — Je voulais courir après ma mère, qui m’abandonnait... Cette femme, que vous avez vue, m’a jointe, et m’a proposé de m’emmener. Je n’ai pas voulu. Elle me pressait et me traînait par le bras, en me faisant des compliments , néanmoins vos deux demoiselles sont venues, et vous ont appelée.
» Nous montâmes dans la voiture du médecin de maman Janus, et nous arrivâmes.
» Ce fut alors que Framboisine nous apprit, qu’elle était flllfe... d’un curé de province, et d’une jeune personne qu’il avait chez lui sous le titre de sa nièce, quoiqu’elle ne la fût pas ; que jamais elle n’avait été au presbytère ; mais, de chez sa nourrice, au couvent ; que cette demoiselle, qui se faisait appeler sa tante, mais qu’elle croyait sa mère, l’en avait tirée, pour l’amener à Paris ; quelle avait bien vu, depuis leur arrivée, quelque chose d'inquiet, dans les yeux de sa tante ; mais qu’elle ne pouvait se prémunir. Qu’enfin, après dîner, elles étaient sorties ensemble, et qu’après