DEUXIEME PARTIE
» J’ai grandi, chez elle, avec Pêchette, qui était ma contemporaine, et me voilà... Pardon, si j’ai commencé à parler de moi ; mais j'ai voulu m’en débarrasser.
» Nous étions un jour à jouer ensemble, devant la porte, Pêchette et moi, quand deux pauvres petites filles nous abordèrent. L’une disait à l’autre : — Que les demoiselles sont heureuses ! Elles jouent, elles rient, elles ont à dîner ! Je suis naturellement compatissante, et Pêchette aussi. Nous nous regardâmes attendries : Nous prîmes chacune par la main une des jeunes filles, en leur disant : — Venez chez maman Janus ; elle est bonne; elle va vous donner à dîner. — Nous les menâmes en courant, et criant : — maman ! voilà deux pauvres petites filles, qui ont bien faim ! Maman Janus les fit entrer dans la salle à manger, les questionna, et leur donna un potage ; puis elle leur demanda, qui elles étaient ? Fraisée montrant Piédalouette, répondit : — Elle est orpheline, et fille d’une sœur de ma mère, qui était demoiselle; mais qui. en mourant, il y a six mois, ne lui a rien voulu laisser, pas seulement un liard. Ma mère l’a prise, et l’a nourrie comme nous.
Mais ma mère a eu la jambe cassée par un ca briolet; si bien qu’elle n’a plus de quoi nous donner .
« A ce récit, maman Janus fut touchée aux larmes. Elle alla chez la pauvre femme, lui donna de l’argent, et la débarrassa des deux petites filles. Elle les fit mettre au bain, en arrivant; on jeta leurs habits au coin d’une borne, tant ils étaient mauvais ; on les habilla de neuf, [on les mit à une pension, pour les dégrossir; et puis, on les prit avec nous, et elles furent demoiselles, comme nous.
» Un jour, que nous nous amusions ensemble, il y eut une petite dispute, Piédalouette voulait avoir raison; moi aussi. Nous disputions donc bien fort, quand voilà tout à coup, que Fraisée dit à sa cousine la brune Piédalouette : — Tu disputes ! et c’est elle, avec Pêchette, qui nous ont fait ce que nous sommes !... Aussitôt Piédalouette vint se jeter à mon cou, en disant, que j’avais trop bon cœur pour avoir jamais tort... Maman Janus nous apprend à être bonnes : Nous fûmes si touchées, Pêchette et moi, que depuis ce moment nous n’avons jamais disputé avec nos deux compagnes, et que nous nous aimons tendrement.
» Abricote fut perdue un dimanche, au Jardin des Plantes, vers ces abricotiers, qui étaient audessous de la terrasse. Nous y étions toutes quatre. Pêchette, Piédalouette. Fraisée et moi. Nous