DEUXIEME PARTIE
dit à Jasmine : — Ma belle, êtes-vous fille, et libre? — Oui, Madame, je suis en pension : j'ai huit mille quatre cents livres de rentes. — C’est charmant!... Voulez-vous demeurer avec moi ? — De tout mon cœur, si je vous connaissais, car vous me revenez beaucoup! et... je me sens pour vous... une certaine... confiance... — Ah! ma belle fille! ce mot me fiatte ! etc. La baronne disait à peu près la même chose à Œillette, que la duchesse altière regardait du haut de sa grandeur. Elle proposa d'aller dans la pension de Jasmine. La baronne y vint avec Œillette. On monta dans le carrosse de la duchesse, parce que Jasmine déclara quelle n*y entrerait pas sans son amie, et qu’Œillette, bien plus attachée à la baronne, que Jasmine à la duchesse, ne voulut pas quitter sa nouvelle connaissance. On arriva.
La duchesse fut très-étonnée, en entrant chez Madame Janus, qui avait changé de maison depuis la mort du médecin! Elle la salua cependant d’un air affectueux, et lui témoigna combien elle était enchantée de Jasmine! Madame Janus lui répondit: — Madame, il est naturel... d’aimer... ce qui est aimable... Puis elle demanda la permission de prendre Jasmine en particulier. Elle lui déclara qu’elle voyait sa mère ; elle lui recommanda de ne
pas se découvrir; mais de se comporter d'après les lumières qu'elle recevait. Jasmine, de ce moment, fut plus tendre.
Madame Janus en dit autant à Œillette, relativement à la baronne. Celle-ci fut plus ouvertement sensible. Et l'heureuse baronne, instruite en particulier, fut comblée. Elle voulait emmener sa fille ; mais Œillette et Jasmine de’ ' nt être inséparables; Madame Janus appuya dessus. Elle redoutait encore la méchante duchess—
Mais elle se trompait! Lorsque cette *nière. par un hasard singulier, eut découvert que Jasmine était sa fille, elle l'adora. Jamais tendresse n’égala celle qn'elle eut pour cette enfant, la seule qui lui restât. Cette tendresse reflua sur Œillette, et même sur la baronne : elle les a prises toutes deux dan*s son hôtel, et ces quatre personnes ont les mêmes amusements. La duchesse va marier Jasmine et Œillette très-avantageusement. Puissent-elles être heureuses, après une vie aussi étrange !