DEUXIEME PARTIE
ange tutélaire. Je vais commencer par mon histoire.
» Je n’eus pas été deux mois chez notre protecteur actuel, que je m’aperçus que j’étais observée par un beau jeune homme, qui passait tous les jours sous nos fenêtres. Celle de mon cabinet d’études donne sur le boulevard. Le jeune homme l’a remarqué, et il vient tous les soirs y chanter des paroles qu’il a composées, par lesquelles il m'exprime ses sentiments. J’en parlai à notre protecteur dès les premières soirées. On le guetta, et un soir, on le saisit, et on l’amena devant le maître de l’hôtel. Nous étions toutes cinq dans la salle, habillées de la manière la plus brillante.
» M. le duc demanda au jeune homme, ce qu'il prétendait, exprimant sous les fenêtres du cabinet jalousié de tendres sentiments , fort ingénieusement tournés?
» Le jeune homme répondit qu’il était amoureux passionné. Dès les premiers mots, nous reconnûmes qu’il était anglais. M. le duc en fut plus indulgent. Il demanda, qu’il désignât celle qu'il aimait ? L’anglais vint mettre un genou devant moi. — Bon ! voilà un ancien chevalier, respectueux envers les belles (s’écria M. le duc)... Que prétendez-vous (ajouta-t-il)? — L’obtenir pour femme.
Elle est blonde ; on la croira anglaise : mais elle n’en a pas la fadeur : elle est vive et sémillante comme une brune. — Qui êtes-vous (reprit M. le duc). — Le fils d’un riche marchand de la cité de Londres. — Ayez le consentement de vos parents ; que je sache le sort que ma fille aura, et je vous la donne... En attendant, je vous permets de lui parler à chaque fois une demi-heure en ma présence, après le dîner, auquel je vous invite pour tous les jours, où je ne mangerai pas en ville. Mon suisse vous dira si j’y suis... Et sur-le-champ. Monsieur, je vous donne votre demi-heure première. Le. jeune anglais remercia et vint auprès de moi.
» Nous causâmes. Il me dit les choses les plus tendres, les plus flatteuses. Je lui répondis avec politesse souvent interdite de ses éloges...
» Que vous dirai-je ? depuis ce moment, je le vois tous les jours. Tous les soirs, il vient chanter sous mes fenêtres ce qu’il sent pour moi, et M. le duc lui-même prend plaisir à l'entendre. Hier, il a reçu le consentement de son tuteur, et la preuve d’une fortune de mille livres sterling de revenu. Je suis venue avec mes compagnes, prévenir maman Janus, qui doit me servir de seconde mère, et qui amènera la mienne à mon mariage. »