DEUXIÈME PARTIE
Voilà pour moi. Je vais maintenant vous parler de ma sœur Tulipette; à moins quelle ne veuille raconter elle-même.
— Mais oui (dit Tulipette) Monsieur ne m'interdit plus autant qu autrefois ! Et puis, il faut bien m’accoutumer à parler.
» Je vous dirai, Monsieur, que j’ai aussi un amant. M. le duc l’a bien voulu ; parce qu’il préfère notre avantage à son amusement. Mon amoureux est Espagnol. Il fut surpris de voir l’Anglais faire l’amour à la manière de Madrid, et il l’épiait, sans être vu. Lorsque l’Anglais fut pris, l’Espagnol attendit qu’il sortît, et le voyant très-gai, il voulut aussi se faire prendre, mais d’une autre manière. J’étais celle qui l’avait charmé : il ne connaissait pas la maîtresse de l’Anglais ; il craignit une rivalité. 11 vint dans la maison. Le suisse lui demanda, ce qu il voulait ? — Parler à une de ces dames, mise de telle manière. — C’est Madame Tulipette (lui dit le suisse). Un laquais survint. Le suisse lui dit tout bas de mener ce monsieur au duc, et de lui dire, qu’il demandait Madame Tulipette. Le laquais conduisit l’Espagnol jusqu’à l’antichambre, où il le laissa, pour aller avertir son maître. M. le duc prit aussitôt son parti, qui fut de m’avenir, et de me faire recevoir la visite du jeune étranger.
J’étais parée , mais on redoubla mon éclat; on me fit asseoir sur une chaise longue, et après m’avoir donné l’air déesse, on introduisit l’Espagnol dans un boudoir éclairé de vingt-cinq bougies. J’étais dans l’attitude la plus imposante, les pieds sur un petit tabouret bas, de velours cramoisi, garni de brillants. Le jeune homme fut ébloui. Ce ne fut que timidement qu’il vint jusqu’à moi. Il s’inclina. Je lui fis signe de s’asseoir. Tout m’était prescrit par M. le duc.
» — Est-ce une fée? est-ce une mortelle que je vois (dit l’Espagnol). Je ne répondis rien. — Daignez me parler ? — Je ne sais qui vous êtes répondis-je). Pourquoi venez-vous ici? — Pour vous offrir mon hommage respectueux. — Pour l'accepter, il faudrait vous connaître? — Je suis un bon Hidalgo de Castille. J’ai une fortune considérable. Un Anglais chantait sous les fenêtres d’un pavillon de cet hôtel ; il a été pris hier, -et il est sorti content. — C’est qu’il a parlé comme il convenait, au sujet de ma sœur. — De votre sœur, Madame! Ha! je suis trop heureux! — Si son bonheur vous touche aussi fort, vous devez être un sincère ami. — Ce n’est pas son bonheur, c’est le mien, qui me touche ! Je craignais ce cavalier pour rival... Belle dame! daignez me dire, si je