‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 87 sur 98 · VIOLETTE ET GIROFLÉE · texte numérisé non relu

VIOLETTE ET GIROFLÉE

L’usage de Madame Janus étant d’envoyer toujours ses élèves deux à deux, nous nous y conformons.

Il y a maintenant à Paris un vieillard, tellement en goût de la musique du Théâtre Italien et de la rossignolante Mademoiselle Renaud , cette inimitable virtuose, qu’il avait prit en dégoût le boire et le manger; il n’avait plus de sensation que par les oreilles. Dès qu’il était à table, à peine avait-il goûté un mets, qu’il se levait, courait à son fortepiano, et solfiait un air de table, soit du Roi et le Fermier , soit du Tableau parlant , etc. Il revenait à table, et ne goûtait à rien. — Renaud ! céleste

Renaud! s’écriait-il), vient m’enchanter! Sa famille. à laquelle sa conservation importait beaucoup, était au désespoir. On invita Mademoiselle Renaud à venir le calmer. Mais cette jeune cantatrice, aussi vertueuse qu’elle est harmonieuse et belle, tie crut pas apparemment devoir se rendre à de pareilles invitations. Il fallut s’intriguer (1).

Ce fut alors qu’on découvrit Madame Janus, cette femme si utile aux gens qui ne le sont plus... On accourt chez elle. On lui demande ses musiciennes : elle en fait paraître douze. Quelle fut la surprise et la j'oie du député de la famille alarmée, quand il découvrit, parmi ces jeunes beautés, une figure si parfaitement ressemblante à la cantatrice rossignolée, qu’on pouvait la prendre pour elle ! — Ah ! Mademoisellé ! (lui cria-t-il), chantez ! chantez ! Giroflée chanta, et l’on crut entendre la céleste Renaud!... Transporté de joie, le député de la famille du vieillard fit ses propositions, qui furent acceptées. Mais la maman Janus lui signifia que Giroflée n’irait pas seule, et qu’il fallait qu’on lui choisît une compagne. — Volontiers ! (s’écria le député); abondance de biens ne nuit pas! L’une d’elles, qui se tenait à l’écart, parce qu’elle espérait

(1) Nous ne garantissons pas ce fait.

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