‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 88 sur 98 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de rentrer bientôt chez ses parents par notre moyen, Violette, se trouva ressembler parfaitement à Madame Dugason : non pas à cette artiste laide, au visage dur, hideux; mais à cette fée qui enchante au théâtre, ramenée à dix-sept ans, mille fois plus aimable que jamais ne le fut Mademoiselle Lefèvre. Le député la pria de chanter. Elle le fit. Ce fut la voix de l’actrice, mais plus sûre, plus touchante, n’ayant pas ce grasseyement pâteux qui gâte l’organe, et que Madame Dugason est parvenue à faire oublier (1). — Ciel! (s’écria l’envoyé), voici un nouveau trésor !... Ah ! Mesdemoiselles! venez, venez sauver la vie et l’appétit à mon bienfaiteur !

Madame Janus plaida si bien la cause du vieillard musicomane et Renaudimire (nous forgeons des mots sans scrupule, à l’exemple de Cicéron, qui disait d 'Antoine, qu’il syîlaturisait), qu’elles consentirent à venir, le jour même, à dîner. Le vieillard, maigre, exténué, allait se mettre à table, pour en sortir à vide. Un rideau de taffetas rose cachait le forte-piano, quand tout à coup, il entend une voix douce, qui lui chante cette ariette, d’une pièce non encore jouée, musique d ’Aleirac :

(1) Il fut un temps où l’on s’exposait à une lettre de cachet, en parlant ainsi d’une chanteuse ; mais nous ne les craignons plus.

Violette.

Depuis l’heureux instant Où j’ai vu Rosalie,

Je ne suis plus content, Qu’autant

Que son aimable folie Répand Sur ma vie L’ambroisie De l’amusement !

Ennoblie Par son talent,

Cette nymphe jolie Multiplie Le ravissement.

Elle allie Cette mélancolie Du sentiment,

A l’enjoûment ;

Et la saillie,

L’égarement De l’orgie,

Au doux enchantement De l’attendrissement.

Je l’adore,

Et cette belle main L’emporte sur celle de Flore, Quand l’aurore Ouvre les portes du matin !

C’est d’elle que j’implore

Page 1