CHANTEUSE
LILETTE ET PENSÉE,
On se souvient que la jolie Pensée est fille d’une pauvre femme; et que Lilette est petite-fille naturelle d’un président par sa mère. On se rappelle aussi à quelle aventure étrange cette dernière doit le jour. Elle n’est pas dépourvue, comme Pensée, qui n’a que Madame Janus, ses pauvres parents étant morts. Lilette a d’abord le legs du libertin Priape; puis les bienfaits de sa mère et de son aïeul.
Le sort réunit, pour le talent et pour le protecteur, ces deux jeunes blondes, d’origine si différente. C’est que Lilette avait tous les charmes de Colombe à dix-sept ans; et Pensée toute la mignonne sse de Madame Saint-Aubin au même âge. Or,
il y avait de par le monde deux frères, d’environ trente à trente-cinq ans, célibataires tous deux4 qui étaient amoureux passionnés des deux actrices. Celui de trente-cinq ans aimait Colombe depuis quinze. Celui de trente ans, Madame Saint- Aubin, depuis trois.
Or, Colombe, à l’époque où nous en sommes, est une fille sensée, et Madame Saint- Aubin est une épouse attachée à son mari. D’où il résulta, que les deux frères n’eurent ni l’une ni l’autre.
Les deux frères en furent désolés !... Mais ayant un jour été chez Cunégonde, chercher des r assembleuses, et n’en ayant pas trouvé comme ils les désiraient, cette matrulle leur dit : — Je vois ce qu’il faut à ces messieurs. Ce n’est pas ici que vous le trouverez. Allez chez Madame Janus, rue des Deux portes Saint-Sauveur. Si elle n’a pas à présent ce qu’il vous faut, elle vous le procurera dans peu de temps.
Les deux hommes profitèrent de ce renseignement, et se rendirent chez la dame Janus, à laquelle ils exposèrent le sujet de leur visite. — Voyez (leur dit-elle). Je crois avoir ce que vous demandez. Elle donna ses ordres, et toutes ses filles entrèrent dans le salon.
Du premier coup d’oeil, les deux frères trouvé-