‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 92 sur 98 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

rent une ressemblance frappante entre. Lilette, et Colombe à son printemps ; entre Pensée, et la mignonne Madame Saint-Aubin. Ils allèrent à elles avec empressement, se croyant encore chez l’Yverkop Cunégonde ou chez Madame Ogret. Madame Janus modéra leur fougue, en leur apprenant, à quelle condition l’on approchait de ses élèves. Ils furent un peu surpris ! et demandèrent du temps pour se déterminer. Madame Janus cependant fit chanter les deux jeunes personnes, et elles s’en aquittèrent d’une manière qui augmenta la ressemblance avec leurs modèles. Les deux frères ravis, étaient prêts à se décider, lorsque Madame Janus elle-même les retint, en leur proposant de leur permettre une demi-heure d’entretien par jour, avec leurs belles, en sa présence. Ils acceptèrent, et ce fut ainsi que se termina la première visite.

Les deux frères ne manquèrent pas de se présenter le lendemain. Madame Janus leur tint sa parole. Lilette et Pensée arrivèrent seules dans le salon. La maman s’occupa tout au bout, tandis que les deux amants causaient avec leurs maîtresses, à l’autre extrémité. La conversation ne fut d’abord que des compliments, des adulations. Ensuite, on parla d’affaires. Après que les galants eurent ex-

posé les avantages dont ils jouissaient, ils touchèrent une corde délicate ; ils insinuèrent aux deux belles, qu’ils auraient désiré quelques détails sur leur origine. Pensée, qui était l’idole dq cadet, raconta tout bonnement la sienne. Elle nomma sa mère, elle dit sa demeure. L’aîné l’écoutait attentivement ; il rougit, fit quelques questions et pleinement convaincu il dit à son frère :

— Mon ami, voici la rencontre la plus singulière ! Il y a dix-sept à dix-huit ans, que demeurant à l’île Saint-Louis, chez le président d’**% notre oncle, j’allai me promener le soir, à la pointe de l’île. Il y vint un garçon et une fille, qui ne m'aperçurent pas. Les voyant se caresser, je me tins dans l’ombre. Je compris, à leurs discours, que c’étaient l’homme et la femme. Jamais je n’entendis rien de si aimable, malgré leur peu d’élégance, que les discours de la femme... Ils s’en retournèrent. Je les suivis. L’homme ne rentra pas. J’entendis qu’il allait à la Halle pour une fruitière. Sa femme lui dit, qu’elle laisserait la porte ouverte , et qu’il rentrerait sans bruit à quatre heures.

Dès que le mari fut éloigné, je montai doucement. C était un coup pendable! mais cette jeune femme m’avait prodigieusement ému... J’entrai.

Page 1