‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 13 sur 91 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Janus. Et puis il fut tranquille ; cai* c^était tout ce qu'il désirait.

Quelque temps après, un soir que les deux belles, qui n'entraient plus qu'ensemble dans son cabinet, lui faisaient des contes, pour Tamuser, il crut s'apercevoir que leur taille était moins svelte. Il les pria de se lever, sous un prétexte, et ne pouvant plus douter, il s'écria : — Serait-il possible ! Les belles rougirent et se turent. Le vieux prince, transporté de joie, leur dit mille choses plaisantes, et manda Madame Janus. Il lui apprit son bonheur, et la consulta sur les avantages à faire aux deux belles. Le plan fut vaste; i n'alla pas à moins que toute la fortune du prince, qui par là fut couverte d'une créance qui l'absorbait. Madame Janus ne ménagea rien. Mais comme elle entrevit des avantages considérables, par le moyen de l'abbé, qu'il fallait conserver, elle donna Rosemauve au vieillard pour Sunamite.

Il fut enchanté de la petite personne, et laissa libres ses deux converseuses. D'un autre côté, Madame Janus fit entendre à l'abbé, qu'il les fallait séparer. Capucine, alors en faveur fut mise dans une maison de campagne et Lavande resta. Elles accouchèrent de deux filles, et l'oncle et le neveu se crurent pères.

Pendant le temps du pariure , Tabbé devint amoureux de Rosemauve, et ne pouvant répouser, à cause de son indiscrétion naturelle, il en fit sa maîtresse. La petite se donna. Le vieux prince fut encore ici la dupe. Il n'avait pas respecté sa Sunamite , qui le mit au tombeau. Il lui donna tout ce qu'il put, )et à sa mort il devait plus qu'il n'avait. Rosemauve fera peut-être un grand rôle ; mais son histoire n'est encore qu'ébauchée.

Pour Capucine et Lavande, après leurs couches, elles ont découvert la vérité. Mais, par le conseil de Madame Janus, elles ont dissimulé longtemps ; et elles ont mis la fortune du neveu aussi bas que celle de Toncle.

Nous n'approuvons pas tout cela. Mais en historien véridique nous publions les faits.

CONVERSEUSE

MUGUETTE. BELLEDEJOUR. BELLEDENUIT

Muguette a une origine qui demandait un grand mystère ! Aussi n'est-ce qu'indirectement que ses parents Font avantagée, après qu'ils l'ont connue. Madame Janus était maîtresse absolue de cette jeune personne, et pouvait en faire ce qu'elle voudrait en employant la persuation.

Belle-de-Jour et Belle-de-Nuit étaient presque dans le même cas, par le crime d'un frère... Aussi Madame Janus garda-t-elle ces filles à la maison, pour tenir la conversation avec les pratiques, ors qu'elle serait occupée, et elle se chargea de leur faire un sort, dans le cas où elle ne leur trouverait pas un avantage imprévu.

Il venait à la maison deux médecins, quelques auteurs, un intrigant et deux hommes en place. Muguette et ses deux compagnes, dont la seconde (Belle-de-Nuit) était d*une timidité intéressante, faisaient aussi les honneurs de la table tour à tour. C'est un moyen de déployer les grâces. Dès que Ton était sorti de table, et que tout était remis en place, les trois belles venaient former le centre du cercle. Elles se comportaient avec une décence rare, et elles repoussaient de la conversation des hommes, tout ce qu'il pouvait y avoir de libre et de trop dur. Elles les rappelaient à la politesse, Muguette par un mot sérieux, Belle-de-Jour par une fine ironie, et Belle-de-Nuit par un regard accompagné de l'incarnat de la pudeur. On ne le bravait jamais. Madame Janus semblait avoir élevé les autres pour la société ; Muguette, Belle de- Jour et Belle-de-Nuit pour son propre avantage. Comme cette femme était riche, elle aimait à voir du monde ; mais avec tout son mérite, elle aurait eu des pratiques, des escrocs, et point de compagnie, sans le charme des trois belles. La dame déclara, qu'elle les voulait marier; elle spécifia leur dot, qui devait être de douze mille livres de rentes pour chaqu'une tout compris.

 cette nouvelle, les personnes de sa société

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