‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 14 sur 91 · TROISIEME PARTIE 3O · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE 3O

cherchèrent dans leurs connaissances, des jeunes gens sans fortune, mais qui promettaient. Madame Janus, à laquelle ils communiquèrent leurs vues, en fut ravie : elle se regarda comme devant être la créatnce de maisons nouvelles, par Tavance et la protection qu'elle ferait à des jeunes gens distingués par leur mérite.

On trouva un jeune machiniste, qui avait les plus beaux plans, et qui manquait de moyens. Un jeune commis de négociant, avec des vues neuves pour le commerce. Un jeune homme qui avait formé le projet de tirer un parti efficace des boues et de toutes les immondices des rues, pour fertiliser à peu de frais les environs incultes de la capitale, et leur faire produire un tiers de la subsistance de Paris. 11 devait anéantir tous les parcs, tous les jardins anglais, qu'il reléguait dans les endroits sablonneux et stériles ; il mettait en culture tout ce qui était à la portée non frayeuse des engrais ; il détruisait Tinutile Jardin des Plantes^ et il mettait tout en potagers, qui fournissaient des légumes à une moitié de Paris. 11 en faisait autant du Luxembourg, sans rôter à la promenade, qui en devenait plus agréable et plus variée ; autant des Tuileries, Les engrais immenses qu'il y faisait porter, rendaient ces potagers d'une étonnante fertilité. On

objecta, que c'était détruire les beautés de la capitale. Il répondait, qu'un père de famille gêné diminuait ses bijoux, et toutes les choses de luxe. Il était si parcimonieux de terrain, qu'il en épargnait un demi-pied, aux environs de Paris, où il lui semblait infiniment précieux.

Pour remplacer les Tuileries, le Luxembourg, le Jardin des Plantes, le jeune homme faisait mettre en terrasse, bien disposées en promenades, le dessus du Louvre et des autres palais; mais cela petit à petit, et seulement pour occuper les saisons mortes des maçons et manœuvres. Il les surveillait, les faisait travailler, en leur prescrivant leur tâche, et produisait ainsi plus d'ouvrage en une demi-saison morte , que ces hommes ineptes n'en donnent en une année entière. Car ils ne travaillent pas, sous prétexte Je ménager leur occupation. Beau moyen! pour rendre les bâtiments d'un prix excessif et ruiner les édifîcateurs !

Madame Janus goûta beaucoup les plans de ce dernier, qui sans doute réussira, s'il est appuyé du gouvernement.

Les trois mariages se firent. Muguette épousa le machiniste ; Belle-de Jour, le jeune négociant en spéculation, qui le devint en effet; et Belle-de-Nuit le cultivateur.

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