‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 15 sur 91 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Ces trois jeunet gens n*avaient pas besoin de leurs femmes, pour tenir leur maison. Ils les laissèrent à Madame Janus, chez laquelle ils venaient manger. Là meilleure compagnie se réunit chez la duègne depuis les mariages. On y joue un jeu honnête, deux fois la semaine. On y donne concert le dimanche, et toutes les cantatrices y viennent. On y parle de mathématiques, de littérature, de sciences et d*agriculture les quatre autres jours. La règle est invariable. Les jours de spectacle ne changent rien à Tordre, On veille plus tard, et les mêmes matières sont traitées de suite.

Nous assistons à toutes ces séances, et nous y menons notre aimable cousine. Madame Janus nous intéresse, et nous trouvons du plaisir à la voir heureuse par ses élèves, dont toutes se portent au bien.

Nota. Si ces historiettes étaient un roman d'imagination, ce roman ne vaudrait pas grand chose. C'est leur vérité, que nous a garantie M. Aquilin des Escopettes, qui donne un prix aux faits. L'histoire serait un roman très-maussade, si ce n'était pas l'histoire. Mais, nous répétons ici, que les traits sont voilés avec le plus grand soin : Narrare, non lœdere.

TREIZIEME & QUATORZIEME CONVERSEUSE

PRINTANIÈRE ET BLEUETTE

11 n'existe pas de plus charmantes personnes en Europe, que la blonde Printanière (cette généreuse cousine qui abandonna sa fortune, et ses parents, pour subir le même sort qu'Automnette), et Bleuette la brune . dont Tair voluptueux et provoquant surpassait la beauté de Vénus ; ou plutôt, il faut croire, que c*est ainsi qu était belle la mère d'amour et des désirs.

Deux hommes, de 45 à 50 ans, qui ava'ent entendu parler de Madame Janus, se réunirent pour avoir deux de ses filles en commun. Ils avaient des idées un peu fausses ; ils prenaient la dame, non pour une restauratrice, ou une amu-

seuse; c'est-à-dire, restauratrice morale, mais pour une matruUe distinguée. En conséquence, ils pensèrent, qu'il fallait faire une somme considérable, comme autrefois pour Lais et Phtyné, dans Athènes, ou pour Quartilla et Lycisca dans Rome. L'un était un riche bibliopole ; l'autre un riche thesmographe. Ils allèrent se faire inscrire, et retinrent, sur le choix qu'ils en firent, Printanière et Bleuette, moyennant cent mille écus chacun. Ils demandèrent un an, pour réaliser la somme. En attendant, les deux belles restèrent à la maison Janus, et leurs amateurs avaient le privilège de venir causer avec elles, tant qu'ils voulaient.

Ces deux hommes étaient mariés. Madame Janus ne gênait pas ses élèves : elle leur recommandait la sagesse ; mais si elles y manquaient, elles les soutenait, et ne leur en voulait pas. Bien que les deux amateurs ne fussent pas attrayants, on ne sait comment il se fit, que les deux belles devinrent enceintes; Printanière du bibliopole, et Bleuette du thesmographe. Madame Janus, dès qu'elle s'en aperçut, pressa les deux hommes de réaliser, et leur fit faire un engagement, sine qua non. Ils le firent.

La vieille et avare épouse du bibliopole mourut.

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